Hier a été une journée musicale passée chez moi.
Rester chez soi est le moyen que l’on a quelquefois d’écouter ses disques compacts et de se faire plaisir à les réentendre.
J’avais un système de pastilles autocollantes il y a plus de dix ans qui me permettait de savoir si j’avais écouté telle ou telle œuvre, grâce à cela je pouvais passer à la suivante et ainsi ne pas oublier un CD de dessous les fagots.
Au bout de quelques mois, j’ai laissé tomber car cette systématisation n’était plus possible en raison du temps que cela prendrait à écouter l’intégralité de ma discothèque de musique classique.
Ma technique actuelle est donc le piochage dans les rayons, souvent le hasard ou ce que je lis ou entends autour de moi influencent mon choix.
Est-ce la nostalgie de Stanley Kubrick qui m’a incité à choisir ce compositeur du 20ème siècle ? Peut-être.
J’ai découvert Ligeti grâce à “Musica Ricercata” utilisé dans le plus beau des films de Kubrick “Eyes wide shut “. C’est un univers étrange et original, un style unique et froid. J’adore.
Le réalisateur a utilisé d’autres oeuvres (“Requiem”, “Lux Aeterna” et “Atmosphères”) dans son “2001, l’Odyssée de l’Espace” pour servir de musique d’accompagnement au monolithe. C’est si beau dans ces films que l’on ne peut qu’être bouleversé par ces oeuvres contemporaines.
Hier, ce fut la continuité de la semaine passée à écouter quelques oeuvres instrumentales de György Ligeti qui m’a conduit à entendre ” le grand Macabre “.
C’est un opéra que j’aime beaucoup par sa musique, son côté farce burlesque, son “Sprechgesang”, ses utilisations sonores inattendues (klaxons, sirènes). L’histoire est ubuesque, elle n’a ni queue ni tête, ou bien si, elle est une métaphore sur le pouvoir, la mort, l’amour, la fin du monde. Des thèmes récurrents dans l’art en fait, réunis en une seule pièce musicale presque monstrueuse mais oh combien intéressante et passionnante.
J’aime le Sprechgesang (le parlé-chanté) que l’on retrouve chez Richard Strauss dans ” Salome ” et dans le sublissime ” Woyzzeck ” de Berg. C’est toujours un grand bonheur d’entendre cette langue déclamée entre le chant et la diction, même si l’on dit que les chanteurs ne savent pas parler et que les acteurs ne savent pas chanter… Cruel dilemme dans le choix des oeuvres enregistrées qui utilisent ce procédé d’expression : de bons chanteurs mais à la diction improbable (chanteurs non-allemands souvent) ou de bons comédiens, chanteurs de moyenne catégorie. Ce n’est pas grave en soi. Une œuvre s’apprécie dans son ensemble et il faut savoir laisser les petits détails imparfaits de côté.
Je conseille donc ce délicieux opéra dont les versions Howarth (chez “Wergo”) et Salonen (chez ” Sony”) me charment tout autant.
La RTBF a diffusé hier, l’Eurovision des Jeunes Musiciens 2006 à Vienne (Autriche). Thème obligatoire pour cette année : Mozart évidemment. A 21h00, je trouve que l’heure était très appropriée pour montrer ce concours. Y a-t-il une chaine de télévision française qui a jugé bon de le montrer ?
Bon, qui ne connaît pas Mozart et ses oeuvres les plus célèbres ? Le musicien que tout le monde reconnaît dès les premières notes jouées. Je prends toujours plaisir à entendre ses oeuvres, ça paraît tellement facile… c’est peut-être ça son génie. Merci à la RTBF de m’avoir montré cette finale de concours où les musiciens classiques étaient bons, où l’on a pu voir des musiciens “folkloriques” réinterpréter des oeuvres de Mozart (balalaïkas, trompettes, chanteurs d’Afrique du Sud). Deux interprètes ont joué de l’orgue de verre : c’est vraiment un très bel instrument ; toujours le beau souvenir de ” E la nave va ” de Fellini (la scène du concert de verres de cristal est un “must”).
Pour finir en beauté, Arte a diffusé un portrait de Glenn Gould très intéressant.
J’ai découvert ce pianiste par des cassettes audios que j’ai achetées dès mes premières paies. Les premières oeuvres que j’ai connues, jouées par lui, furent ” les Variations Godlberg “, une transcription d’un opéra de Wagner dont je ne me souviens plus le titre et des transcriptions de Liszt pour une symphonie de Beethoven.
Je me suis rendu compte que quelque chose n’allait pas dans mes auditions de ces oeuvres, mais je ne savais quoi. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce qui me surprenait et quand je l’ai compris, j’ai trouvé ça magique, attendrissant, énorme : Glenn Gould chante quand il joue. Nous avons le son du piano et sa voix en prime.
Je le comprends tellement dans son besoin de dire la musique quand on la joue ou l’entend, que c’est peut-être le musicien le plus humain que je connaisse. L’œuvre est intériorisée et interprétée par le corps entier.
Son répertoire évidemment me touche beaucoup : Bach est le monstre sacré de mon Olympe. Les variations Goldberg un monument. Mais il s’est aussi intéressé à Schoenberg, Schubert, Beethoven, Mozart.
Ce documentaire de Monsaingeon nous présente le pianiste lors de ses enregistrements et l’idolâtrie de certaines qui entretiennent sa mémoire.
Je ne suis pas un musicien professionnel et n’ai pas de culture musicale apprise par le solfège ou la pratique d’un instrument de musique (j’ai une formation basique de collège). Je ne peux donc pas faire une critique technique de sa façon de jouer, qui semble-t-il est très influencée par sa position basse devant son piano, mais il a sa manière à lui de jouer. Il est virtuose, il est méticuleux. Il a beaucoup travaillé en studio et donc ses enregistrements manque quelquefois de spontanéité. Mais une œuvre jouée par lui est une manière différente de l’entendre ; cela permet d’appréhender autrement un morceau de musique, il modifie les tempi et donc accentue telle ou telle partie de la partition.
Ce documentaire est vraiment beau et enthousiasmant (je n’aime pas beaucoup ce dernier adjectif à cause de sa référence religieuse, mais bon…)