Archive de la catégorie «Cinéma»

Séraphine (2007) Martin Provost

octobre 25, 2008

Beauté picturale, beauté musicale, interprétation de Yolande Moreau très touchante. Cet ensemble fait du film de Martin Provost une belle réussite qui m’a beaucoup ému.

Comment une illuminée parvient grâce à son talent primitif, et après conseils de son mécène, à devenir une grande, très grande artiste peintre. En effet, les toiles que l’on peut voir sont vraiment belles, travaillées, il y a un sens de la mise en forme, du cadre, de la symétrie, du détail, de la couleur. On y trouve aussi non pas une reproduction immédiate de la nature, mais une vision et une expression personnelles.
Ce sens du détail, de la précision est peut-être le fait d’une perfectionniste ; comme elle fait le ménage chez les bourgeois, elle peint. A la recherche de la tâche difficile à enlever d’un drap sali, d’un sol maculé de boue, dont la cire est partie à force d’utilisation. Elle a le coup d’oeil, elle sait apprécier la belle écriture de Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur et Anne Bennent sont un excellent choix de casting).
Dans le même temps, à côté de cette pureté de prénom presque angélique, de cette sans doute rare propreté corporelle (ses bains fréquents dans le cours de la rivière), de sa dévotion, on l’imagine un peu sorcière. Ses mixtures pour fabriquer des couleurs avec du sang d’animaux, des plantes, de la cire des cierges fondus, ses litanies spalmodiées en pleine nuit pendant qu’elle exerce son art pictural, les décoctions à base d’alcool et d’herbes, ses martelages nocturnes au pilon pour écraser les graines des plantes, tout cela en fait un être inquiétant et quasi démoniaque.
On peut tout de même se demander, à la fin du film, pourquoi on l’enferme à l’asile des fous. Elle ne semble pas tout à fait démente, même si elle n’est pas très consciente du monde qui l’entoure, même si elle dilapide son capital au perron des maisons, habillée en mariée, tout de blanc vêtue.
La question que je me pose est celle de savoir si elle a peint après son internement ou si l’institution psychiatrique ne lui a plus permis d’exercer son art. Il ne me reste plus qu’à lire une biographie pour mieux me renseigner.
Juste un petit regret tout de même, mais qui m’a vraiment gêné pendant le film : le tournage du film est en décors naturels et limite le champs de la caméra. Pour éviter de rencontrer un poteau électrique anachronique, une prise en plastique, des traînées d’avions, etc. Les plans sont rabougris, les paysages sont étriqués, cela manque d’espace. C’est dommage mais inévitable si l’on ne veut pas utiliser d’effets spéciaux.
A ma grande honte, je ne me souviens plus exactement des deux toiles de Séraphine de Senlis que j’ai certainement vues au MUSEE INTERNATIONAL D’ART NAIF ANATOLE JAKOVSKY. Je me demande si l’une d’elle n’est pas une toile sur deux mètres de hauteur sur fond blanc… J’avais surtout été enchanté par des tableaux de peintres naïfs serbes ou croates qui sont de toute beauté.

Appaloosa (2007) Ed HARRIS

octobre 18, 2008


Parce que le méchant RB (Rhett Butler ; non. Jeremy Irons/Randall Bragg) tue un shériff et ses adjoints, la petite ville d’Appaloosa fait appel à Ed Harris/Virgil Cole pour mettre de l’ordre dans la cité.
C’est une histoire typique de western de notre enfance, avec duels au soleil et poursuite à cheval, rencontre d’indiens voleurs, de saloon peuplé de filles de joie.
J’aime le genre du western et donc je ne m’y suis pas ennuyé. J’ai même beaucoup aimé, car le ton y est assez libre, les acteurs sont beaux et séduisants (belles cinquantaines, voire plus, pour les trois acteurs principaux).
Les relations à trois/quatre et plus entre ces hommes qui peuvent mourir du jour au lendemain et Renée Zellweger/Allie qui s’attache au premier venu, de crainte de finir seule et sans amour à partager. Elle n’est pas volage, pas vraiment, mais elle ne sait pas être insensible au charme de l’homme qui est près d’elle sur le moment. Au risque d’oublier qu’elle est plus ou moins promise à Virgil Cole.
La force de chacun est celle de savoir qu’aux moments les plus durs, ils peuvent tous compter sur les autres. Même sur leurs pires ennemis, qui n’en sont pas vraiment. Il y a ce sentiment de fraternité entre homme d’où la bible de La petite Maison dans la Prairie est totalement absente (sauf au tribunal où l’on jure sur elle).
Il n’y a pas de beaux paysages (contrairement au film magnifique de Andrew Dominik), la photographie est plutôt terne, ce n’est pas une oeuvre esthétisante, mais un film à la qualité brute et sans fioritures. C’est rugueux et franc, très direct. Comme la vie de ces américains d’un autre siècle confrontés à la rigueur du pays.
Les relations du marshall et de son adjoint Viggo Mortensen/Everett Hitch ne sont pas les plus inintéressantes du film et sont peut-être même le point central de l’histoire (on peut penser, en extrapolant un peu, à Des Souris et des Hommes de John Steinbeck). Elles sont faites de respect, d’attention, d’amour sans doute. Des amours viriles certes, mais qui ont tissé des liens très forts entre les deux hommes. Mais si Allie s’attache à Virgil pour ne pas être seule, Everett suit ce dernier, dans ses fonctions de justicier autorisé par sa fonction de marshall, pour avoir le droit légal de tuer en toute impunité.
C’est un western qui prend son temps, mais ne nous le fait pas perdre en le voyant. C’est une belle réussite.

Le Crime est notre Affaire (2008) Pascal Thomas

octobre 18, 2008

On retrouve avec grand plaisir notre couple André Dussollier/Catherine Frot dans une aventure policière à glacer les sangs (il faut revoir Mon petit Doigt m’a dit pour s’en souvenir).

Si Annie Cordy/Babette Boutiti n’avait pas regardé par la fenêtre du train dans lequel elle s’était assoupie un court instant sur son roman policier, elle n’aurait pas vu l’assassinat d’une femme dans le train venant en sens inverse.

Catherine Frot/Prudence Beresford mourant d’ennui au risque de sentir l’odeur du vieux dans sa maison et son existence, s’improvise cuisinière et femme de chambre dans une demeure inquiétante dont le patriarche acariâtre (Claude Rich, qui retrouve un rôle de personnage bougon et grognon qui m’avait tant amusé dans le film d’Alain Resnais Coeurs) fait régner la terreur parmi le petit monde qui l’entoure.

L’intrigue est mince, l’histoire manque de vraisemblance mais la brochette d’acteurs vaut le déplacement. C’est un très bon moment de comédie souvent très drôle (cf l’hommage à Billy Wilder, André Dussolier endossant le rôle de Marilyn Monroe dans Sept Ans de Réflexion) et quelquefois grinçant.

Pascal Thomas connaît ses classiques et l’on pense à Alfred Hitchcock, surtout lorsque l’on a affaire à cette belle étrangère qui est la copie conforme de Tippi Hedren.

Petite apparition de Chiara Mastroianni, décidément ne jouant que des seconds rôles, qui me fait penser de plus en plus à sa mère jouant du Buñuel (même voix, même comportement). C’est troublant.

Rumba (2008) Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy

octobre 5, 2008

Je ne serais pas allé voir le film si je n’avais entendu et lu quelques critiques élogieuses. J’ai vu tous les films qui m’intéressent et je n’avais donc pas beaucoup de choix ce jour-là. Que dire sur Rumba ?

Je n’ai pas assez vu de films de Buster Keaton ou de Jacques Tati. Mais j’imagine, peut-être à tort, que ces grands ancêtres sont les modèles des réalisateurs Abel/Gordon/Romy. J’ai aussi pensé à cette émission de mon enfance qui nous présentait des films comiques du début du cinématographe et dont le générique était une animation rythmée par une musique qui résonne encore dans ma mémoire.

Ce qui frappe immédiatement, ce sont les cadres. A la manière de Wallace et Gromit, chaque plan est un tableau où se joue chaque scène. Les acteurs remplissent le cadre comme une peinture prise sur le vif. Les couleurs vives des habits portés par les protagonistes nous agressent. Leur accoutrement ne permet pas vraiment de situer l’action dans le temps. Cela peut se passer aujourd’hui ou dans les années soixante dix. Il en est de même de la nationalité du film ; on commence par un cours de langue anglaise, mais on se rend compte plus tard que l’action se déroule dans le Calvados. Mais tout pourrait avoir lieu dans n’importe quel endroit du monde, près de la mer, de falaises, où la pluie est diluvienne.

Le scénario est très simple, les dialogues sont très limités. C’est une suite de catastrophes qui s’amoncellent sur notre pauvre couple champion de danse de rumba. D’autres pleureraient, tel ce brutus sensible qui madeleinise pendant presque tout le film et qui ne fait rien pour réussir ses suicides, mais notre couple stoïque continue de vivre malgré les aléas cruels de leur vie d’artistes.

Ce n’est pas loin d’être une petite merveille de film et selon moi une merveilleuse réussite visuelle.

Promenade avec l’Amour et la Mort (1969) John HUSTON

septembre 27, 2008

A Walk with Love and Death

J’ai hésité à revoir aujourd’hui un film avec Paul Newman, mais son décès m’attriste tant que je crois bon de faire une impasse momentanée. L’un des derniers films que j’ai vus dans lequel il jouait, alors qu’il était déjà un vieil homme, m’avait vraiment troublé : il était vieux, décharné, mais voir ses magnifiques yeux bleus et le reconnaître encore (malgré les ravages du temps) m’avait laissé pantois devant son encore belle apparence…

Je suis donc passé à autre chose, car j’aime les films de John Houston et j’admire sa fille Anjelica. ” Promenade avec l’Amour et la Mort ” est ce que Christophe Honoré aurait pu faire de ” La Princesse de Clèves ” s’il avait eu du talent.

Le film de Huston, tourné avec sa fille de seize ans (son premier rôle au cinéma), est une merveille de reconstitution historique (l’action se passe pendant de la Guerre de Cent Ans). Les décors naturels sont somptueux, les costumes sont sobres et pourtant magnifiques et les jeunes acteurs sont à la hauteur de leurs rôles de jeunes gens fuyant les jacqueries ou combattant pour sauvegarder leur liberté.

C’est une très belle réussite qui fut boudée aux Etats-Unis à sa sortie en salle mais eut un grand succès en France. A conseiller et voir. Sur le DVD que j’ai regardé, il y a une analyse de Michel Ciment. Elle est utile pour en apprendre plus sur le contexte du tournage ainsi que sur l’oeuvre de John Huston.

Entre les Murs (2008) Laurent CANTET

septembre 24, 2008

Je ne sais pourquoi j’ai pensé à l’univers carcéral en sortant de la séance de cinéma. Le dernier plan de la salle de classe vide peut-être… Le temps de rentrer chez moi et je fais attention au titre du film.

Entre les murs, c’est l’univers scolaire qui est un lieu où l’on peut éviter de se retrouver entre les murs d’une prison, si l’on parvient à apprendre à travailler pour soi en écoutant en classe, en faisant ses devoirs à la maison, si l’on accepte la discipline, la politesse, le respect des adultes ou des personnes qui représentent l’autorité.

Je redoute souvent de revoir la bande annonce sans aucune surprise quand je suis devant la projection de l’intégralité de l’oeuvre. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne le film de Laurent Cantet. On en apprend un peu plus en allant le voir. Même si l’on a le sentiment que l’on connaît bien le milieu scolaire, car nous l’avons fréquenté, le scénario fait un grand tour d’horizon de cette vie de professeurs dans l’enceinte de l’établissement.

Je craignais aussi qu’ ‘ Entre les Murs ‘ n’ait volé sa Palme d’Or et qu’il n’ait été qu’un acte politique décidé par le jury de Cannes. C’est peut-être vrai en partie, mais le film est bien construit, les acteurs sont vraiment convaincants. C’est une réussite qui vaut la peine d’être vue par le plus grand nombre.

Un avis sur le film dans le New York Times : MANOHLA DARGIS, 26 septembre 2008

Raisons d’Etat (2006) Robert de Niro

août 19, 2007

J’ai vu le film avant de lire ” La Compagnie ” de Robert Littell dont je parle dans un autre article.

Ce qu’il y a d’appréciable dans ce film, c’est qu’il n’est pas précipité. On prend son temps pour exposer la trame de l’histoire. 2H47 de traque.

Le choix de Matt Damon, même s’il m’horripile, est très judicieux. C’est un acteur plat, sans aspérités, sans charme, sans rien. En faire un espion qui se noie dans la foule est d’autant plus facile et crédible. Un beau garçon à la manière des James Bond me fera toujours sourire. Comment être discret dans une enquête d’espionnage en étant le plus beau de la classe et donc repérable à cent lieues à la ronde.

Dans son petit imperméable étriqué, le rôle va comme un gant à Matt Damon. On lui colle une épouse qui est censée être Whasp et de bonne famille, le physique plutôt hispanique d’Angelina Jolie me laisse sceptique quant à son choix dans le casting. Mais j’ai peut-être loupé une subtilité.

Heureusement, le reste du prestigieux casting est vraiment à la hauteur de mes espoirs : de Niro, Turturro (magnifique, excellent, beau tout simplement), le très grand William Hurt (qui avait été choisi dernièrement dans une apparition magnifique chez Cronenberg  et son ” History of Violence “), une très bonne actrice allemande (qui monte qui monte) Martina Gedeck, enfin Alec Baldwin et le très beau Billy Crudup.

Donc un casting somme toute très correct et une histoire passionnante. Malgré la longueur du film, je ne m’y suis pas ennuyé une seconde et j’y ai pris beaucoup de plaisir. raison-detat.jpg

Joe Strummer : The Future Is Unwritten (2007) Julien TEMPLE

août 19, 2007

The Clash… Groupe de rock’n roll incontournable pour ceux qui se sont un peu intéressés au mouvement Punk. Le documentaire est intéressant et montre bien les motivations de Joe Strummer pour être présent sur la scène. Même s’il n’était pas exempt de défauts, c’était un homme qui voulait changer les choses par les paroles de ses chansons et son engagement sur le terrain médiatique et musical.

Quand j’étais adolescent, je ne percevais que de la contestation dans ce groupe (et les autres groupes de musique punk). Ce reportage me confirme qu’il y a eu contestation d’un système mais aussi une réflexion plus poussée sur la société dans laquelle vivait Joe Strummer. Ce dernier a été tiraillé entre le ” star system ” qui l’enrichissait et ses convictions de partage des richesses entre tous les êtres humains. Dilemme insoluble, sauf dans la drogue et la destruction de soi.joe-strummer.jpg

Persepolis (2005) Marjane SATRAPI et Vincent PARONNAUD

août 19, 2007

Petit tour en Iran et en Autriche par la bande dessinée portée à l’écran avec beaucoup de talent.

Marjane Satrapi raconte sa vie et celle de sa famille. C’est un langage direct, sans fioritures ni pathos. L’histoire que raconte l’héroïne ne commence pas sous la dictature des mollahs. L’Iran n’a malheureusement pas commencé à souffrir sous leur règne.

C’est une critique de la société iranienne certes mais en même temps la découverte de la vie pour cette petite fille qui grandit dans un monde terrible. Même lorsqu’elle sera en Autriche, en exil, elle vivra des moments pénibles et elle manquera y perdre sa vie.

La grand-mère de Marjane est une adorable femme qui ne s’en laisse pas compter et qui peut-être est à l’origine de la force de caractère de notre héroïne. Ce dessin animé est un chef-d’oeuvre d’intelligence et de liberté.18761633.gif

A History of Violence (2004) David Cronenberg

juillet 21, 2007

A History of Violence

Je n’avais pas trouvé le film très intéressant à sa sortie au cinéma. A cette deuxième projection, je suis tout aussi désenchanté. Seules les toutes premières scènes sont esthétiquement belles et prometteuses.

L’actrice dit ” O my god ! ” au moins dix ou quinze fois, j’en viens à haïr cette expression typiquement américaine qu’il m’arrive d’employer contré mon gré.

Les tueurs et mafieux sont sans doute les personnages les plus beaux et troublants du film.