Beauté picturale, beauté musicale, interprétation de Yolande Moreau très touchante. Cet ensemble fait du film de Martin Provost une belle réussite qui m’a beaucoup ému.
Comment une illuminée parvient grâce à son talent primitif, et après conseils de son mécène, à devenir une grande, très grande artiste peintre. En effet, les toiles que l’on peut voir sont vraiment belles, travaillées, il y a un sens de la mise en forme, du cadre, de la symétrie, du détail, de la couleur. On y trouve aussi non pas une reproduction immédiate de la nature, mais une vision et une expression personnelles.
Ce sens du détail, de la précision est peut-être le fait d’une perfectionniste ; comme elle fait le ménage chez les bourgeois, elle peint. A la recherche de la tâche difficile à enlever d’un drap sali, d’un sol maculé de boue, dont la cire est partie à force d’utilisation. Elle a le coup d’oeil, elle sait apprécier la belle écriture de Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur et Anne Bennent sont un excellent choix de casting).
Dans le même temps, à côté de cette pureté de prénom presque angélique, de cette sans doute rare propreté corporelle (ses bains fréquents dans le cours de la rivière), de sa dévotion, on l’imagine un peu sorcière. Ses mixtures pour fabriquer des couleurs avec du sang d’animaux, des plantes, de la cire des cierges fondus, ses litanies spalmodiées en pleine nuit pendant qu’elle exerce son art pictural, les décoctions à base d’alcool et d’herbes, ses martelages nocturnes au pilon pour écraser les graines des plantes, tout cela en fait un être inquiétant et quasi démoniaque.
On peut tout de même se demander, à la fin du film, pourquoi on l’enferme à l’asile des fous. Elle ne semble pas tout à fait démente, même si elle n’est pas très consciente du monde qui l’entoure, même si elle dilapide son capital au perron des maisons, habillée en mariée, tout de blanc vêtue.
La question que je me pose est celle de savoir si elle a peint après son internement ou si l’institution psychiatrique ne lui a plus permis d’exercer son art. Il ne me reste plus qu’à lire une biographie pour mieux me renseigner.
Juste un petit regret tout de même, mais qui m’a vraiment gêné pendant le film : le tournage du film est en décors naturels et limite le champs de la caméra. Pour éviter de rencontrer un poteau électrique anachronique, une prise en plastique, des traînées d’avions, etc. Les plans sont rabougris, les paysages sont étriqués, cela manque d’espace. C’est dommage mais inévitable si l’on ne veut pas utiliser d’effets spéciaux.
A ma grande honte, je ne me souviens plus exactement des deux toiles de Séraphine de Senlis que j’ai certainement vues au MUSEE INTERNATIONAL D’ART NAIF ANATOLE JAKOVSKY. Je me demande si l’une d’elle n’est pas une toile sur deux mètres de hauteur sur fond blanc… J’avais surtout été enchanté par des tableaux de peintres naïfs serbes ou croates qui sont de toute beauté.



