Archives pour septembre 2008

Promenade avec l’Amour et la Mort (1969) John HUSTON

septembre 27, 2008

A Walk with Love and Death

J’ai hésité à revoir aujourd’hui un film avec Paul Newman, mais son décès m’attriste tant que je crois bon de faire une impasse momentanée. L’un des derniers films que j’ai vus dans lequel il jouait, alors qu’il était déjà un vieil homme, m’avait vraiment troublé : il était vieux, décharné, mais voir ses magnifiques yeux bleus et le reconnaître encore (malgré les ravages du temps) m’avait laissé pantois devant son encore belle apparence…

Je suis donc passé à autre chose, car j’aime les films de John Houston et j’admire sa fille Anjelica. ” Promenade avec l’Amour et la Mort ” est ce que Christophe Honoré aurait pu faire de ” La Princesse de Clèves ” s’il avait eu du talent.

Le film de Huston, tourné avec sa fille de seize ans (son premier rôle au cinéma), est une merveille de reconstitution historique (l’action se passe pendant de la Guerre de Cent Ans). Les décors naturels sont somptueux, les costumes sont sobres et pourtant magnifiques et les jeunes acteurs sont à la hauteur de leurs rôles de jeunes gens fuyant les jacqueries ou combattant pour sauvegarder leur liberté.

C’est une très belle réussite qui fut boudée aux Etats-Unis à sa sortie en salle mais eut un grand succès en France. A conseiller et voir. Sur le DVD que j’ai regardé, il y a une analyse de Michel Ciment. Elle est utile pour en apprendre plus sur le contexte du tournage ainsi que sur l’oeuvre de John Huston.

Entre les Murs (2008) Laurent CANTET

septembre 24, 2008

Je ne sais pourquoi j’ai pensé à l’univers carcéral en sortant de la séance de cinéma. Le dernier plan de la salle de classe vide peut-être… Le temps de rentrer chez moi et je fais attention au titre du film.

Entre les murs, c’est l’univers scolaire qui est un lieu où l’on peut éviter de se retrouver entre les murs d’une prison, si l’on parvient à apprendre à travailler pour soi en écoutant en classe, en faisant ses devoirs à la maison, si l’on accepte la discipline, la politesse, le respect des adultes ou des personnes qui représentent l’autorité.

Je redoute souvent de revoir la bande annonce sans aucune surprise quand je suis devant la projection de l’intégralité de l’oeuvre. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne le film de Laurent Cantet. On en apprend un peu plus en allant le voir. Même si l’on a le sentiment que l’on connaît bien le milieu scolaire, car nous l’avons fréquenté, le scénario fait un grand tour d’horizon de cette vie de professeurs dans l’enceinte de l’établissement.

Je craignais aussi qu’ ‘ Entre les Murs ‘ n’ait volé sa Palme d’Or et qu’il n’ait été qu’un acte politique décidé par le jury de Cannes. C’est peut-être vrai en partie, mais le film est bien construit, les acteurs sont vraiment convaincants. C’est une réussite qui vaut la peine d’être vue par le plus grand nombre.

Un avis sur le film dans le New York Times : MANOHLA DARGIS, 26 septembre 2008

Frédéric de Hohenstaufen (Jacques Benoist-Méchin)

septembre 21, 2008

Avant de dire quoi que ce soit sur le livre, il faut s’intéresser à son auteur. Je n’ai fait qu’une recherche sommaire sur Wikipedia et voici ce que j’en apprends : Jacques Benoist-Méchin.

On voit que l’homme sentait le soufre, mais cela n’enlève rien à la qualité de son travail. Son style est clair, il n’hésite pas à revenir sur certains points qui pourraient nous avoir échappés. Ses qualités d’écrivain sont évidentes. Les notes en fin de volume, les annexes, les cartes, les nombreuses illustrations aident à une meilleure compréhension de cette époque lointaine. Très grand plaisir à découvrir cet empereur grâce à cet auteur.

Cependant, très vite, Frédéric revint à une conception plus sereine des choses. Changeant de tactique, il recourut à d’autres arguments et fit porter toutes ses attaques contre le Pape dans le domaine où il était le plus vulnérable. ” Un aspect très significatif de la propagande antipapale à laquelle se livra Frédéric “, nous dit Georgina Masson, dans le beau livre qu’elle a consacré au chef de la Sixième Croisade, ” fut son insistance à dénoncer la corruption de l’Eglise ; car en la matière, le monde se rendait de plus en plus compte qu’il disait la vérité… La rapacité d’Innocent, celle de la horde de ses parents et des ses parasites qui l’avaient suivi à Lyon, étaient rapidement devenues la risée de tous. Déjà il avait, sans le consentement du Chapitre, essayé d’introduire des parents étrangers dans les prébendes vacantes de l’Eglise de Lyon. Les chanoines lui avaient pourtant résisté et l’avaient prévenu qu’ils n’interviendraient pas, si la populace hostile noyait ses parents dans le Rhône ! L’archevêque de Lyon fut si écoeuré de la simonie et de l’avarice de la Cour pontificale qu’il se retira dans un monastère. Philippe de Savoie, qui n’était même pas prêtre, fut élevé au siège de Lyon ainsi qu’à celui de Valence ; il reçut en outre bien d’autres bénéfices, simplement parce que son appui était utile au Souverain pontife. Les exactions des collecteurs d’impôts pontificaux en Angleterre dépassaient les bornes, et cependant le Pape criait misère, provoquant ainsi des commentaires acides de la part d’hommes d’Eglise anglais même favorables au Pape, comme Mathieu de Pâris et Robert Grosseteste. Des diocèses vacants en France et en Angleterre reçurent pour titulaires des neveux d’Innocent, à la grande fureur des populations locales ; les richesses s’amoncelaient dans la famille des Fieschi. Un neveu du Pape, Perceval, devint célèbre comme prêtre le plus riche de la Chrétienté. La chose tournait maintenant au scandale public ; des pamphlets injurieux, dont les révélations n’étaient que trop vérifiables, se multipliaient ; et, inévitablement, la réputation du Saint-Siège en tant qu’Institution divine était discréditée, du fait des actes de l’homme qui détenait alors la charge suprême. La décadence de l’influence de la Papauté sur les âmes date d’Innocent ; avec ses doigts crochus, il inaugura la destruction des liens spirituels qui avaient enserré le monde médiéval en l’unissant au Saint-Siège “. [p.473-474]

Lorsque Louis IX quitta Cluny, nous dit Mathieu de Pâris, il était à la fois triste et indigné, ” car il n’avait trouvé chez le Pape, qui était pourtant ” le serviteur des serviteurs de Dieu “, aucun sentiment véritablement chrétien “. Ce jugement porté contre un pape est d’autant plus accablant qu’il a été formulé par la bouche d’un homme qui n’allait pas tarder à être canonisé. [p.476 - Mathieu de Pâris : MG SS XXVIII].

Cet esprit d’aventure, Frédéric le connaissait bien, lui qui avait dédié un de ses poèmes „ A une fleur de Syrie “. Et cet „ amour lointain “se paraît aussi pour lui de l’attrait de recueillir une foule de connaissances nouvelles. Mais ce qui le séparait fondamentalement de ses contemporains, c’était qu’il ne croyait pas en la vertu rédemptrice de la douleur. Or, ne pas y croire, n’était-ce pas commencer à mettre en doute les souffrances, par lesquelles Jésus avait racheté les hommes ? Plus encore, n’était-ce pas mettre en doute la Rédemption elle-même ? Il y avait, dans le christianisme, un culte de la douleur, auquel le tempérament de Frédéric était foncièrement étranger, C’est cela, bien plus que son aristotélisme ou son attitude amicale envers les Musulmans, qui le rendait suspect à des croyants intégristes, comme le Grand Maître des Templiers ou le Patriarche Giraud,

Qu’il ait obtenu la restitution des Lieux saints sans tirer son épée du fourreau ni verser une goutte de sang, était, à ses yeux, la plus méritoire des prouesses. Mais il n’en allait pas de même pour la grande masse des pèlerins qui l’avaient accompagné. Puisque sa croisade n’avait pas jalonnée de combats meurtriers ; puisqu’elle n’avait pas été „ sanctifiée “ par un bain de sang, ils se sentaient frustrés de ce qui était, pour eux, la raison essentielle de cette entreprise : assurer le salut de leur âme en identifiant leurs souffrances à celles du Crucifié. [p.574]

[A propos de la septième croisade] Ce manque d’effectifs était dû, en grande partie, à Innocent IV. Celui-ci avait publié un rescrit aux termes duquel ” quiconque prenait la Croix et partait pour la Terre sainte assurait le salut de son âme ; mais celui qui se croisait sans partir la sauverait aussi, à condition de verser une forte somme à titre de compensation – ce que firent la plupart des seigneurs. C’était un moyen astucieux de remplir les caisses du Saint-Siège. Mais c’était aussi un acte de simonie flagrant. Frédéric ne manqua pas, en évoquant ce texte, de rendre le Pape responsable de l’échec de Louis IX. [note 431 - page 670].