Incendiaire (Chris CLEAVE)

By unblogdeplus

L’auteur masculin se met dans la peau d’une femme anglaise vivant à Londres, épouse soucieuse du confort de son mari, mère attentive aux besoins de son enfant de 4 ans et 3 mois.

Avant le drame, cette femme est sur les nerfs, car son mari est démineur à Scotland Yard : elle a peur de le perdre s’il se trompe un jour en coupant le fil rouge ou vert qui permet la mise à feu des engins de mort déposés là par un terroriste en herbe.

La famille vit dans un quartier où d’un côté de la rue, ce sont des HLM et de l’autre un quartier résidentiel peuplé de bobos.

S’il n’y avait cette peur de perdre son mari à chaque instant, peut-être que l’héroïne ne chercherait pas à se rassurer dans les bras d’autres hommes. Les hommes la calment, elle a besoin de leur présence physique pour évacuer son stress de vivre.

Lorsque le stade de football explose pendant le match Chelsea/Arsenal, il y a quelque chose qui se détraque dans la vie de cette londonienne. Elle se met à écrire une longue lettre à Oussama ben Laden et lui raconte la vie d’une famille d’Anglais moyens, qui ne demande qu’à couler des jours heureux, en bonne intelligence avec ses voisins de toutes couleurs ou nationalités.

Le texte du roman est drôle, les images que la rédactrice utilisent pour exprimer sa pensée sont originales et souvent cocasses. Mais leur répétition devient à la longue une facilité d’écriture dont l’auteur aurait pu se passer.

La critique de la société londonienne est acide et désabusée. L’univers de cette femme écorchée vive ne peut se concevoir qu’avec l’aide de Valium, d’alcool et de colère finalement rentrée en elle-même, car elle se sent coupable. Coupable de n’avoir pas été l’épouse, la mère modèle, coupable d’être née du mauvais côté de la rue, coupable d’aimer les hommes qui ont besoin d’elle pour le sexe et pour se sentir vivre. Londres est une grande capitale dans laquelle les individus ne pensent qu’à eux, à leur individualité.

C’est loin d’être un roman optimiste.

Oussama n’a-t-il pas déjà gagné la partie sans avoir à faire sauter des bombes ? Les Anglais ne s’aiment plus, ils s’utilisent pour ne pas sombrer dans la dépression. C’est une vision noire et triste, angoissante et sinistre. Loin des clichés habituels que les médias nous présentent de la réussite économique du Royaume Uni.

C’est un document remarquable.incendiaire.jpg

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