Archives pour mars 2007

Angel (2006) François Ozon

mars 21, 2007

Angel c’est un peu ce qui arrive à celui ou celle qui a du talent, qui est persuadé d’avoir raison et qui persévèrera dans la voie qu’il/elle s’est tracé(e). Si sa vie permet vraiment de suivre son art ou sa vocation.
Je pense au parcours de François Ozon quand j’écris cela. Il a certainement bataillé pour faire admettre son Sitcom (1997), qui reste une oeuvre dérangeante et si surprenante.
Je pense aussi à Michel Houellebecq et à ses débuts : venant de nulle part, il arrive sur le marché du livre comme un coup de tonnerre, devient une diva médiatique, puis se terre dans son ” Paradis ” irlandais, loin de tout et du monde parisien qui l’adule ou le déteste.

” Angel ” commence comme un conte de fées et c’est bien là que l’on reconnaît Ozon (cf. Les Amants criminels - 1998), avec son goût du kitsch, des petits oiseaux, des biches…
Cette jeune fille est persuadée d’avoir du talent, le feu sacré. Elle écrit sans avoir lu ; quand on lui demande quelles sont ses références littéraires, elle répond qu’elle ne lit pas. Tout vient de son imagination, qu’elle a fertile. Elle est capable d’imaginer des pays et des personnages sans les avoir visités ou rencontrés. Ecrit-elle ses réminiscences ?
Elle offre certainement un beau cas clinique, car elle fait partie de ces enfants qui pensent ne pas être le fruit des oeuvres sexuelles de leurs parents. Elle est issue de la cuisse de Jupiter, mais pas de cet appartement situé au-dessus de l’épicerie du petit village.
Nous ne pouvons qu’être ulcérés quand l’institutrice refuse la rédaction de sa jeune élève, que celle-ci lit tout haut devant la classe ; son écrit n’est pas la réalité de sa vie mais il sort tout droit de l’imagination dont elle fait preuve.

Puis le scénario nous raconte sa vie de nouvelle Barbara Cartland : elle renie ses origines sociales, achète un château qui s’appelle ” Paradise “, se marie par amour avec un fils de l’aristocratie anglaise, subjugue la soeur de ce dernier. Cette soeur qui lui dévouera sa vie en soutenant sa cause et en essayant de garantir son bien-être.
Le roman à l’eau de rose qui prend vie dans ce film n’est pas semé seulement de pétales inoffensifs ; il y a des épines coriaces : mort de sa mère (qu’elle a un peu abandonnée), fausse couche, départ du mari à la guerre (décidément thème récurrent en ce moment, cf. Lady Chatterley), puis son retour dans un corps meurtri.
Je n’ai pu m’empêcher de penser à Scarlett O’Hara et à toutes ses misères. Mais celle-ci est plus une victime de sa propre vie, alors qu’Angel semble plus mûre et sa détermination dans l’écriture lui fait déplacer des montagnes.

Mais son don d’écrivaine est-il une supercherie ? Elle a du talent certes et elle reste proche de l’attente des femmes de ce temps-là. Quand elle change de sujet et probablement de style, ses lectrices l’abandonnent. Elle n’en a cure, jusqu’au moment où son mari a besoin d’argent. Là, elle se met à rédiger un roman par amour, selon ce qui auparavant avait fait son succès dans les librairies. On voit, dans cet instant particulier, qu’elle maîtrise son art et son public. N’a-t-elle donc pas, dès son premier livre, vécu sa vocation d’écrire comme un moyen de se sortir de son humble condition sociale et non comme un besoin irrépressible de dire les choses qu’elle avait sur le coeur ? En cela, nous comprenons pourquoi ses romans n’auront pas de postérité après sa mort. Même si sa création n’est pas si mauvaise, elle n’est pas suffisamment personnelle pour durer dans le temps. Elle est alimentaire. Elle n’aura pas révolutionné la littérature.

L’actrice est surprenante, envahissante. Je ne l’ai pas reconnue (elle a joué dans Scoop de Woody Allen). Elle m’a fait penser à Bernard Giraudeau dans Gouttes d’Eau sur Pierres brûlantes (1999) : monstre de volonté qui fait plier tout le monde devant ses désirs.
Je ne suis donc pas d’accord avec l’avis d’un gaïen qui disait que ce film est un produit commercial (et donc plutôt mauvais). J’en veux pour preuve que dans la grande salle de cinéma où nous étions, il n’y avait pas beaucoup de monde, sauf bien sûr quelques femmes entre elles.

Les Témoins (2006) André Téchiné.

mars 17, 2007

Le film commence en 1984. J’ai commencé ma vie sexuelle dans l’été 1985. Je savais déjà à l’époque qu’il était dangereux de faire l’amour sans protection.

Nos parents ont eu peur de faire des enfants, car les moyens de contraception n’étaient pas encore très évolués (1967, loi Neuwirth : mise sur le marché français de la pilule). La méthode Ogino-Knaus n’étant pas parfaite, beaucoup d’enfants sont nés à cause (ou grâce) à cette courbe alléatoire des températures.

Mes parents avaient très peur que je mette des jeunes filles enceintes, car j’étais toujours entouré d’une cour de jeunes donzelles en mal d’amour. Etant devenu le confident de leurs peines de coeur et de leurs IVG, j’en connaissais un rayon sur la question féminine tout en n’y touchant que très peu. Je n’ai jamais eu pour elles ce désir sexuel que je savais réservé au prochain garçon qui tomberait entre mes mains.

Donc, dans ma pensée, le sexe a toujours été quelque chose de dangereux.

Je n’ai pas eu la chance de connaître une période pendant laquelle l’amour physique était sans danger pour sa propre vie et celle des autres.

Téchiné retrace les débuts de cette catastrophe qui s’abat sur le monde : le SIDA. Quand on est homosexuel et montré du doigt, car le mal est notre faute que l’on expie par la souffrance, la déchéance physique, la mort, abandonné par ceux qui redoutent d’être contaminés par les miasmes fétides des dégats causés par le HIV, cela marque une génération de personnes ayant connu la vague d’angoisse, de décès, de rejet de l’entourage amical, amoureux ou familial.

Pourquoi faire un tel film en 2006 ? Pourquoi faire un retour en arrière sur cette époque déjà lointaine (20 ans) et sembler construire une sorte de documentaire-téléfilm qui n’est pas très sexy ? Ce n’est pas un chef d’oeuvre, c’est une oeuvre utile est militante. Je ne dirai pas que c’est le plus réussi des films de Téchiné, mais je lui suis reconnaissant de remettre au goût du jour ce par quoi sont passés certaines personnes mortes ou encore en vie.

Et dans tout cela, il y a une histoire d’amour entre un hétérosexuel et un jeune homosexuel. Cela est très beau, car cette histoire d’amour n’est pas idéalisée et n’entre pas dans les clichés habituels. Adieu la folle homosexuelle. Ce sont des mecs qui font l’amour et qui aiment le corps de l’autre, qui ont envie de l’autre physiquement, car cela devient vital, essentiel, nécessaire. Communion des corps, sans se poser trop de questions existentielles. Le désir est là, il faut y répondre. La liberté sexuelle est un bien précieux.

Mais je suis un peu déçu par le jeu des acteurs. Il y a quelque chose de raté dans la direction des personnages. Je les sens contraints, peu enthousiastes, graves. On sent dans le film la lourdeur du sujet, et le manque de légèreté, d’aisance nuit au plaisir d’apprécier ce film sans réserves.

La seule qui arrive à me convaincre est Emmanuelle Béart. Mère presqu’indigne, qui met des boules Quiès pour ne pas entendre son enfant pleurer, écrivaine exigeante pour son entourage, femme qui se veut libre de toute contrainte.

Je suis déçu de la performance de Sami Bouajila que j’avais beaucoup aimé dans le petit bijou qu’est Drôle de Félix. Mais j’admets que son rôle est loin d’être le plus facile.

PS Je pense que les anachronismes sont voulus par le réalisateur car son film est un message pour les personnes qui vivent aujourd’hui : Téchiné fait une sorte d’historique de l’arrivée du SIDA mais milite aujourd’hui encore contre la maladie.
Les années ont passé, mais le SIDA est toujours là. Que les draps soient brodés 2006 ou 1984, des gens infectés sont toujours dans les mêmes draps quand ils se retrouvent à l’hôpital pour soigner cette affection encore mortelle.
(Le seul anachronisme que j’ai vu moi-même est le livre aux Editions de l’Olivier derrière Emmanuelle Béart, mais il semble qu’il y ait aussi LCL au lieu de Crédit Lyonnais).
Il y a trop d’anachronismes pour que ce ne soit pas volontaire.

NB J’aimerai bien revoir Zéro Patience.

Le Jeu des Perles de Verre – Hermann HESSE

mars 10, 2007

Roman initiatique, on dirait presque la Flûte enchantée de W. A. Mozart. Une quasi entrée en religion ou dans une loge de francs-maçons. Un cheminement d’une pensée orientale.

Un peu comme la Pastorale de L.v. Beethoven avant la 9ème : le calme avant la tempête.

Un monde à part, l’évolution lente de Josef Knecht (en français : le valet, le serviteur) au sein d’une école (Castalie) formant une élite de pensée qui est éloignée de la vie profane. De maître à penser à élève studieux.

Il y a cette tentation de la vie dans le siècle et le retirement dans un espace éloigné de tout ce qui peut altérer la réflexion sur ce qui représente l’essentiel de la pensée intellectuelle. Cela fait-il référence à Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, cet ermite qui monte dans la montagne pour y méditer avant de redescendre et se confronter à la vraie vie ?

Le titre lui-même est presque une supercherie, car l’on s’attend à entrer dans un jeu et nous ne saurons jamais à quoi rime ce jeu des perles de verre. A moins d’avoir fait l’impasse sur son explication dans quelques lignes ou pages, je n’en connais pas la règle et Hermann Hesse ne nous en donne pas les clefs.

Dans un long récit comme celui-là, la fin est essentielle, car c’est le dernier souffle du livre et souvent la dernière impression nous laisse le meilleur souvenir, celui qui grave à jamais le sentiment que l’on gardera toute sa vie. La mort du maître du jeu des perles de verre dans un lac, alors qu’il rejoint son nouvel élève dans l’eau glaciale, cela afin de montrer que même un vieil homme est capable de sacrifice pour séduire celui auquel il voudrait transmettre la sagesse acquise par la réflexion et l’expérience : un arrêt cardiaque soudain, l’effacement de la vie comme un coup du sort.

De la page 460 à 468 (Le Livre de Poche – édition 02/2005), il y a une réflexion sur l’Histoire qui est peut-être en partie la clé du livre.

A ma grande honte, je sais avoir lu du même auteur ” Le Loup des Steppes” (beaucoup aimé), “Narcisse et Goldmund”, “Rosshalde”, mais je n’en garde aucun souvenir précis.

Frissons… ” Les Bienveillantes “, ” Le Bourgeois Gentilhomme “, Beethoven et Furtwängler.

mars 4, 2007

Hier soir, j’ai fini de lire ” Les Bienveillantes ” de Jonathan Littell : le frisson est, comme d’habitude, venu me caresser le dos à la dernière page du livre. C’est fréquent chez moi quand je termine la lecture d’un bon roman. Je le sens venir progressivement et, tout d’un coup, il monte progressivement. C’est l’un de mes plus grand plaisir, même si je suis très souvent triste de quitter un auteur qui m’a donné autant de joie.
Ce matin, un ” Bourgeois Gentilhomme ” de Molière sur Arte : j’ai beaucoup ri et ne me lasserais jamais de lire, entendre, voir Molière. Je suis français de naissance et c’est celui que je préfère de tout le théâtre de France. Si j’étais né en Angleterre, je lui préfèrerais certainement Shakespeare, que j’adore aussi.
C’était une excellente interprétation et je remercie ces comédiens de m’avoir tant amusé au lever du lit.

Nouveau frisson ” à cause de ” Furtwängler ou Beethoven, ou l’alliance de ces deux hommes.
Les ” Bienveillantes ” se passant en partie à Berlin, rien ne vaut donc un détour dans les oeuvres interprétées par Furt pendant les années de guerre avec le Berliner Philharmoniker ou le Wiener Philharmoniker (oct.1940-dec.1944).

Quel gâchis d’avoir mis à feu et à sang la plus grande partie du monde pour une idéologie stupide et monstrueuse !