Archives pour février 2007

Lady Chatterley (2006) Pascale Ferran

février 25, 2007

Bon, Pascale Ferran c’est déjà un vieux souvenir tendre et triste pour moi.

Je l’ai connue grâce à son très beau film Petits Arrangements avec les morts que j’ai vu avec mon copain Bruno, décédé trop tôt.
Ce film nous avait beaucoup touché, la mère de Bruno étant décédée prématurément, je savais que le thème de ce film grave ne lui était pas indifférent. N’ayant pas compris que lui aussi était en sursis, j’imagine que j’ai pu paraître bien futile à la sortie de la salle de projection. Mais l’on ne peut tout connaître et prévoir…

Donc hier c’était la cérémonie des Césars que j’ai suivie contrairement à mon habitude. Je suis ravi du palmarès. C’est une bonne année et pour une fois je suis bien d’accord avec le jury. D’autant plus que mon fameux Babel n’a pas obtenu le prix du meilleur film étranger ; j’en suis rassuré.

Adoncque le roman de David Herbert Lawrence est très beau. Le vague et lointain souvenir que j’en garde est très doux et enthousiaste. Il y a matière à faire un beau film et Pascal Ferran l’a fait.

La photographie est très belle, la nature, les feuilles des arbres, les bruits de la forêt, les mousses et les fougères, les ruisseaux, la pluie, le soleil, il ne manque que l’odeur d’humus, des fleurs, l’odeur de transpiration de l’homme des bois, du garde chasse.

Au début du film, j’ai eu l’impression de revoir Dominique Sanda dans 1900 de Bertolucci. Puis, progressivement, l’héroïne s’est incarnée dans cette jeune fille, jeune femme à la voix fragile. Cette femme interdite de sexualité en raison de l’infirmité de son mari, grand blessé de la Guerre de 1914-1918. Combien de femmes ont connu cette douleur de voir leurs époux estropiés à cause de la guerre, obligées de devenir infirmières et de se passer de toute sexualité.

La première non-rencontre entre la lady et le garde-chasse ne donnera à voir que le dos d’un homme musclé faisant sa toilette. Cette vision d’un grand érotisme bouleversera lady Constance Chatterley. Mais rien ne se fera dans la précipitation, tout viendra progressivement, à petits pas. Car le “tu” alterne avec le “vous” entre les amants, qui font l’amour habillés, le garde-chasse Oliver Parkin jouissant seul en poussant des cris d’enfant attendrissants.
Les vêtements seront ôtés progressivement jusqu’à une magnifique course-poursuite sous la pluie, où les deux corps nus s’exhiberont sans complexes et avec le plaisir de communier avec la nature.

La naissance de poussins sera le déclencheur de cet intense amour entre l’aristocrate et le gens de peu. Le besoin de maternité provoque les ébats amoureux et il faudra beaucoup de temps à lady Chatterley pour comprendre que non seulement elle veut être mère mais aussi qu’elle aime profondément son amant.

Le mari cocu, qui ne sait rien de cette liaison, mais les langues alentours jasent quand lady Chatterley revient à la vie après un accès de spleen (dépression nerveuse) dû à sa vie sacrifiée à son mariage stérile, doit accepter l’éventualité d’être père d’un bâtard qui sera, de préférence, de bonne lignée anglaise et que Constance aura l’autorisation de rencontrer lors de ses vacances d’été entre Londres, Paris et Menton. Si lord Chatterley savait que le géniteur est son garde-chasse, cela ne lui ferait pas du tout plaisir. Car les couches sociales différentes sont comme l’eau et l’huile : elles ne se mélangent pas entre elles.

Un peu de critique sociale dans ce film, car la fortune des Chatterley se fait sur le dos des mineurs de fond. Quelques mots sur le socialisme. Pascale Ferran a fait un long discours sur le régime des intermittents du spectacle qui était très clair et bien dit lors de la remise des prix à la cérémonie des Césars.

Le film finit par la prochaine séparation des amants, Constance est enceinte, Oliver doit partir travailler à Sheffield, dans une usine, lui qui a une sensibilité presque féminine va se trouver confronter aux hommes frustes. Ils se jurent fidélité, ils s’aimeront à jamais et finiront peut-être ensemble, dans une ferme que lady Chatterley offrira à son homme des bois.

Tous les acteurs sont excellents, le couple d’amants est très beau, le garde-chasse a une grâce virile qui évidemment m’émeut profondément. Hyppolite Girardot est très bon dans son rôle d’infirme soupçonneux et fier à s’en faire souffrir.

Bravo pour Pascale Ferran qui a fait un très beau film. A la suite de Claire Denis et Catherine Breillat, les femmes savent montrer les faiblesses et la beauté des hommes. Il n’y a qu’elles qui savent si bien le dire et le montrer.

Le dernier roi d’Ecosse (2006) Kevin Macdonald

février 25, 2007

Performance extraordinaire de Forest Whitaker, que je viens de voir dans le très beau Platoon d’Oliver Stone et que tout le monde avait déjà admiré dans le magnifique Ghost Dog, la voie du samouraï de Jim Jarmusch. Je viens de lire qu’il est nommé aux Oscars ; il mérite vraiment un titre, car sa masse imposante et formidable ne laisse pas indifférent le spectateur lambda.
Que dire du film ?
Il commence dans une famille bourgeoise en Ecosse, où le fils de famille vient de réussir son examen de médecine. Un père plutôt cassant et une mère aimante. Si le rejeton reste dans leurs pattes, il se fera phagocyter par l’omniprésence paternelle. Nous pouvons imaginer que c’est pour cette raison qu’il part vivre l’aventure en Afrique noire, plus exactement en Ouganda pour intégrer un dispensaire médical en pleine brousse.
Un concours de circonstances fera de ce jeune écossais le médecin personnel de Idi Amin Dada, un homme à la personnalité complexe. Grand coeur (selon le film), mais dont les coups de folies meurtrières feront des ravages sur le pays (300.000 morts à son actif).
Donc Idi Amin/Forrest est un être monstrueux, rigolard, chaleureux, plein d’ambiguïtés. Il succède à Obote qui a instauré un régime autoritaire après les premières années de l’indépendance en 1962.
Nous sentons dès le début la présence militaire omniprésente et inquiétante, des hommes en armes protègent constamment Amin Dada des éventuels attentats. Le film a été réellement tourné dans le pays, je suppose que l’on doit sentir cette tension de la peur d’un renversement du régime politique encore maintenant.
Bon, la romance entre le petit médecin blanc et l’une des femmes de Idi Amin (superbe créature) n’est pas très importante et d’ailleurs le petit blanc n’a qu’un rôle secondaire selon moi.
Il souffrira cruellement dans sa propre chair, quand on le pendra à des crocs de boucher, mais le détournement par l’OLP de l’avion d’Air France en 1976 lui donnera la possibilité de fuir cette cage dorée horrible.

Un film a voir donc pour l’ambiance générale qui est rarement aussi bien rendue et l’excellent comédien Forest Whitaker.

La Vie des autres (2006) Florian Henckel von Donnersmarck

février 25, 2007

Long métrage allemand qui nous fait découvrir les méthodes d’espionnage de la Stasi (Staatssicherheit).

Quand Bruno Hempf, ministre de la culture de la DDR (République démocratique allemande), a envie de coucher avec l’actrice de théâtre Christa-Maria Sieland, il a besoin de chercher les poux dans la tête à son compagnon, l’écrivain Georg Dreyman. Les deux artistes sont les rares survivants encore libres de la censure d’Etat, les autres ont fuit à l’Ouest ou bien remplissent les prisons pour clouer le bec à leur liberté d’expression.

A cette fin, Herr Hempf confie la mission au capitaine Gerd Wiesler de surveiller les faits et gestes du couple, pour, au besoin, se débarasser de Georg.

Simple histoire donc. Le film est très sobre, comme les intérieurs des appartements, comme les rues pratiquement vides, les immeubles aux façades froides et ternes.

L’arbitraire ” démocratique ” (cf DDR) incite évidemment l’actrice à octroyer ses faveurs au ministre, pour avoir le droit de travailler et de mettre sa carrière en avant. Le cocu d’écrivain, perdant progressivement ses proches amis et camarades de travail, écrit un article sur le suicide des Allemands de l’Est : le paradis n’est pas celui que l’on croit et à défaut de vivre l’enfer de l’arbitraire d’état, beaucoup attentent à leur vie pour d’une part s’en libérer, d’autre part lancer un cri d’alarme au monde. L’article sera publié par un journal Ouest-allemand et créera un scandale de l’autre côté du rideau de fer.

Le petit plus dans ce film est un magnifique acteur, le Hauptmann Gerd Wiesler. Il est chargé d’espionner l’écrivain et l’actrice. Leur appartement est truffé de micros. Il y a une surveillance jour et nuit pour trouver la faille dans cette relation amoureuse. Mais à trop surveiller ces suspects, le capitaine se prend de sympathie pour l’écrivain. Il ira même jusqu’à falsifier des rapports de la Stasi et cachera une machine à écrire compromettante.
La rançon à payer pour cela sera sa mutation au décachetage des lettres, dans un petit bureau minable.

La chute du mur de Berlin permettra à l’écrivain de savoir qui lui a peut-être sauvé la vie, c’est une scène que malheureusement certains Allemands de l’Est connaissent bien en l’ayant vécue eux-même : la visite aux archives de la Stasi, qui rend possible la lecture de son dossier personnel. J’avoue me poser la question de savoir si le capitaine n’est pas un peu homo sur les bords, mais ça c’est une pure supposition due à mon imagination fertile. Quoiqu’il en soit, j’ai bien aimé le film porté par de très bons acteurs et la mécanique du scénario d’une rare austérité.

L’Illusionniste (2006) Neil Burger

février 24, 2007

Petit film sans vraiment d’intérêt. Filmé avec les filtres de David Hamilton, on attend de voir les jeunes filles dénudées du grand photographe érotique anglais.
Vienne au début du vingtième siècle est propre comme un sou neuf, ni boue, ni poussière, ni rien. Les décors extérieurs n’ont aucune réalité.
En revanche, le théâtre et ses illusions sont intéressants. Il y a une vraie tension quand les ” esprits ” s’animent.
J’avoue avoir était bluffé par la fin du film et donc le suspense a bien marché pour moi.
Dommage d’avoir fini par un ralenti avec filtre culculgnagnan.

Inland Empire (2006) David Lynch

février 10, 2007

Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ?

Est-ce une chose qui nous touche ? est-ce un objet qui nous donne à penser, qui nous émerveille ou étonne ? Est-ce ce que façonne l’artiste dans son atelier, pendant des heures, des jours, des mois ? Est-ce un objet dans lequel l’artiste met ses sentiments, la maîtrise de son art, sa dextérité, sa culture générale, son état d’esprit du moment ?

Le film de David Lynch n’est pas le film que l’on va voir pour se divertir, loin de là. Je ne savais pas moi-même ce que j’allai voir, car je n’avais vu que quelques images de la bande annonce et je n’avais lu aucune critique sur ce dernier film de Lynch.

On entre dans le film par ce qui semble être la traversée d’un miroir : des lapins nous jouent une sitcom et le public s’esclaffe. Lewis Carroll aurait pu nous inviter à ce jeu des apparences trompeuses, des labyrinthes de portes et d’escaliers, de ruelles et de boulevards hollywoodiens.
Comme dans un film de monstres des Carpathes, des femmes et des hommes étranges roulent les ” r “, menacent ou rompent l’équilibre bourgeois de l’actrice hollywodienne choisie pour jouer le rôle de la femme amoureuse dans un film que nous voyons tourner au cours du film de Lynch.

Le film dans le film a une histoire que le réalisateur n’a pas voulu dévoiler au moment de choisir les principaux interprètes : les deux acteurs qui ont été choisis auparavant, l’homme et la femme, ont été assassinés. Le scénario fait partie de ceux dont on évite de parler de peur de jeter un mauvais sort sur la nouvelle tentative de le mettre en image.

Ces meutres hantent l’univers du tournage. Des ombres, des fantômes regardent et observent. Mais ne sont-ils pas le fruit de l’imagination des deux acteurs en cours de tournage. Qui regarde exactement ? L’actrice se regarde jouer et voit des scènes qu’elle aura à interpréter. Jeux de scène, regards sur soi, retours en arrière, imbrications des images entre elles, mélanges de scènes. Qui voit ? Qui joue ? Qui dirige ? On dirait une analyse psychiatrique des personnages. Les méandres de la pensée. Comment marche le cerveau dans certaines circonstances, dans la peur et l’adultère, dans la rencontre de personnes qui n’ont pas les mêmes buts ?

C’est un monde entre Hollywood et la Pologne, un monde où minuit devient l’heure du conte de fée le plus noir. Le sang coule, le pistolet tonne, la musique hurle, les sons ouatés ou stridents animent les actes de cette pièce de théâtre que l’on pourrait attribuer à Tenessee Williams.

La saturation des couleurs, les éclairages glauques ou vifs, les vitres salies par l’eau et la poussière donnent une vision souvent floue des lieux et des personnages.

C’est un monde étrange, lynchien. On l’a déjà vu dans ses précédents films (Twin Peaks, Lost Highway). Les femmes sont des victimes de la tyrannie des hommes. La peur de succomber à la tentation, d’agir selon sa liberté rendent les femmes folles ou sujettes à des phobies incontrôlables. Mais ce n’est pas cela le sujet du film. Et pourquoi pas ?

Laura Dern est fantastique. Tout est bon dans ce film bouleversant. Un sommet. Il faut rester jusqu’à la fin, jusqu’au générique.

Ping Pong (2006) Matthias Luthardt

février 4, 2007

On parle du renouveau du cinéma allemand depuis le film charmant Good bye, Lenin de Wolfgang Becker.
Ping Pong en fait partie et bien qu’il ressemble aux films de François Ozon par sa perversité et sa cruauté, il reste tout de même une oeuvre qui ne sent pas le plagiat éhonté d’un réalisateur piochant dans l’oeuvre d’autres réalisateurs.
Dans ce film, Paul, un jeune garçon, arrive chez sa tante pour y passer des vacances. Il est orphelin de père depuis peu et a sans doute besoin de se changer les idées, de prendre du recul face à l’absence tragique du père qui s’est pendu.
La famille d’accueil est au début très surprise de voir débarquer à l’improviste ce garçon qu’elle n’attend pas. Son intimité est un peu bousculée. Puis, peu à peu, Paul arrive à séduire chaque membre de la famille.
Entre un fils de famille qui prépare un concours de piano en jouant une oeuvre qu’il ne maîtrise pas, une mère qui voue un amour effréné à son énorme chien Schumann (on lui prêterait presque des moeurs zoophiles) et un père absent, en déplacement, qui semble faire chambre à part d’avec sa femme, il y a peu de place pour un tiers qui se cherche et a besoin d’amour.
Comme tout huis clos familial, des tensions se créent, le spectateur espère un meurtre, une coucherie entre garçons et j’avoue que le film m’a tenu en haleine jusqu’à la fin. Petit jeux pervers de l’imagination qui fabrique son film en regardant celui qui est projeté sur le grand écran.

Les Ambitieux (2006) Catherine Corsini

février 4, 2007

Je sais que les avis sont partagés à propos de ce petit film français.
Est-il bon, est-il mauvais ? Si la pétasse qu’incarne l’excellente Karine Viard ne tirait pas le film vers le haut, ce film serait-il acceptable ?
Il y a de l’idée dans la critique du milieu littéraire tel qu’on se l’imagine et tel que la presse ou certains acteurs de ce cénacle nous en donnent à penser.
Monde cruel fait de crocs-en-jambe à la manière de Ridicule. On pense souvent que le choix des romans qui sortent du lot sont le fruit de longues tractations, de coucheries, de connivences (voir l’excellent film Le Pont des Arts).
Il y a quelquefois des coups de coeur, amoureux pour l’oeuvre ou pour son auteur.
Le film m’a amusé et c’est bien là quelque chose de très bénéfique pour mon entrain intellectuel…

Les Infiltrés (2006) Martin Scorcese

février 4, 2007

Je suis retourné à la FNAC des Ternes, chose que je n’avais pas faite depuis quelques années.
J’ai eu le sentiment en y entrant que vraiment rien n’avait bougé dans sa disposition. Excepté le rayon disques de musique classique, tout est exactement dans le même agencement que je l’avais laissé.
Si j’avais eu la patience de faire la queue, j’aurais eu l’immense privilège de voir en chair et en os David Lynch qui animait une ” master class “. Sachant le très grand respect que j’ai pour son oeuvre cinématographique, je pouvais me motiver un peu, mais bon je ne suis pas un accro des longues files d’attente pour voir un démiurge.
J’en suis ressorti avec un batterie de rechange, car mon appareil photo est tombé en panne d’énergie électrique en quittant le MK2 bibliothèque.
J’ai donc continué de mitrailler les façades parisiennes et j’ai hésité à m’adresser à une jeune femme près de la gare Saint Lazare, car je trouvais son visage très beau. J’aurais pu prendre une photo d’elle au zoom, mais je n’ai pas osé lui voler son droit de refuser un cliché.
Les appareils réflex sont vraiment une belle invention, mais changer les objectifs dans la cohue parisienne, c’est un peu galère.
Je suis allé voir Les Infiltrés de Martin Scorcese, dans ma salle de cinéma préférée, avant de profiter de cette belle journée ensoleillée. Le cadre, l’architecture, tout est comme je le souhaite dans ce complexe de salles spacieux et accueillant.
Le film en lui-même m’a laissé presque froid. Scénario dans le genre serpent qui se mord la queue, poupées russes ou qui a commencé de l’oeuf ou de la poule me semble lourd et difficile à digérer. On en ressort comme après un épisode de la série X-Files, en se disant que tout est pourri, qu’on nous ment, que ceci, que cela.
Le film est pourtant bien construit, les plans séquences sont souvent très courts et passent des truands aux policiers et vice-versa à une telle vitesse qu’il est difficile de ne pas avoir le tournis.
La belle brochette d’acteurs facilite le demi-plaisir de rester dans la salle quelques heures et j’avoue que plus je vois Leonardo di Caprio jouer (depuis Celebrity de Woody Allen), plus je le trouve beau et excellent acteur. Il est à tomber à la renverse dans ce film. A côté de lui, Matt Damon me semble bien pâlichon et le prototype de l’américain typique des publicités des années 50 (insipide).