Je l’ai connue grâce à son très beau film Petits Arrangements avec les morts que j’ai vu avec mon copain Bruno, décédé trop tôt.
Ce film nous avait beaucoup touché, la mère de Bruno étant décédée prématurément, je savais que le thème de ce film grave ne lui était pas indifférent. N’ayant pas compris que lui aussi était en sursis, j’imagine que j’ai pu paraître bien futile à la sortie de la salle de projection. Mais l’on ne peut tout connaître et prévoir…
Donc hier c’était la cérémonie des Césars que j’ai suivie contrairement à mon habitude. Je suis ravi du palmarès. C’est une bonne année et pour une fois je suis bien d’accord avec le jury. D’autant plus que mon fameux Babel n’a pas obtenu le prix du meilleur film étranger ; j’en suis rassuré.
Adoncque le roman de David Herbert Lawrence est très beau. Le vague et lointain souvenir que j’en garde est très doux et enthousiaste. Il y a matière à faire un beau film et Pascal Ferran l’a fait.
La photographie est très belle, la nature, les feuilles des arbres, les bruits de la forêt, les mousses et les fougères, les ruisseaux, la pluie, le soleil, il ne manque que l’odeur d’humus, des fleurs, l’odeur de transpiration de l’homme des bois, du garde chasse.
Au début du film, j’ai eu l’impression de revoir Dominique Sanda dans 1900 de Bertolucci. Puis, progressivement, l’héroïne s’est incarnée dans cette jeune fille, jeune femme à la voix fragile. Cette femme interdite de sexualité en raison de l’infirmité de son mari, grand blessé de la Guerre de 1914-1918. Combien de femmes ont connu cette douleur de voir leurs époux estropiés à cause de la guerre, obligées de devenir infirmières et de se passer de toute sexualité.
La première non-rencontre entre la lady et le garde-chasse ne donnera à voir que le dos d’un homme musclé faisant sa toilette. Cette vision d’un grand érotisme bouleversera lady Constance Chatterley. Mais rien ne se fera dans la précipitation, tout viendra progressivement, à petits pas. Car le “tu” alterne avec le “vous” entre les amants, qui font l’amour habillés, le garde-chasse Oliver Parkin jouissant seul en poussant des cris d’enfant attendrissants.
Les vêtements seront ôtés progressivement jusqu’à une magnifique course-poursuite sous la pluie, où les deux corps nus s’exhiberont sans complexes et avec le plaisir de communier avec la nature.
La naissance de poussins sera le déclencheur de cet intense amour entre l’aristocrate et le gens de peu. Le besoin de maternité provoque les ébats amoureux et il faudra beaucoup de temps à lady Chatterley pour comprendre que non seulement elle veut être mère mais aussi qu’elle aime profondément son amant.
Le mari cocu, qui ne sait rien de cette liaison, mais les langues alentours jasent quand lady Chatterley revient à la vie après un accès de spleen (dépression nerveuse) dû à sa vie sacrifiée à son mariage stérile, doit accepter l’éventualité d’être père d’un bâtard qui sera, de préférence, de bonne lignée anglaise et que Constance aura l’autorisation de rencontrer lors de ses vacances d’été entre Londres, Paris et Menton. Si lord Chatterley savait que le géniteur est son garde-chasse, cela ne lui ferait pas du tout plaisir. Car les couches sociales différentes sont comme l’eau et l’huile : elles ne se mélangent pas entre elles.
Un peu de critique sociale dans ce film, car la fortune des Chatterley se fait sur le dos des mineurs de fond. Quelques mots sur le socialisme. Pascale Ferran a fait un long discours sur le régime des intermittents du spectacle qui était très clair et bien dit lors de la remise des prix à la cérémonie des Césars.
Le film finit par la prochaine séparation des amants, Constance est enceinte, Oliver doit partir travailler à Sheffield, dans une usine, lui qui a une sensibilité presque féminine va se trouver confronter aux hommes frustes. Ils se jurent fidélité, ils s’aimeront à jamais et finiront peut-être ensemble, dans une ferme que lady Chatterley offrira à son homme des bois.
Tous les acteurs sont excellents, le couple d’amants est très beau, le garde-chasse a une grâce virile qui évidemment m’émeut profondément. Hyppolite Girardot est très bon dans son rôle d’infirme soupçonneux et fier à s’en faire souffrir.
Bravo pour Pascale Ferran qui a fait un très beau film. A la suite de Claire Denis et Catherine Breillat, les femmes savent montrer les faiblesses et la beauté des hommes. Il n’y a qu’elles qui savent si bien le dire et le montrer.