Archives pour janvier 2007

Election 1 (2005) et Election 2 (2006) Johnny To

janvier 20, 2007

Quand on présente la mafia d’Asie, on appelle cela les triades chinoises.

Le réalisateur Johnny To nous montre l’une d’entre elles, l’une de celles qui oeuvrent à Hong Kong. Le ” patron ” est élu pour deux ans à la tête de l’organisation du crime, son mandat est arrivé à son terme et les ” oncles ” doivent se réunir pour choisir l’un d’entre eux.
Le candidat doit être un entrepreneur consciencieux, qui permettra à tout le monde de prospérer dans le racket des commerçants, dans l’extension du territoire de la bande organisée pour la libre entreprise du crime.
Ce sont tractations financières, promesses diverses, meurtres qui donneront le sceptre du pouvoir à l’un de ceux-ci.

La deuxième partie du film est consacrée de nouveau à la nouvelle élection du parrain. Deux ans sont donc passés et nous voilà de nouveau confrontés au choix que les ” oncles ” doivent faire. Les choses ont un peu changé, car les relations sont de plus en plus tournées vers la Chine continentale. La lutte sera sanglante et l’une des scènes de boucherie humaine est vraiment insupportable par sa cruauté.

Dans ce film, il y a beaucoup de scènes d’intérieur de réunions entre hommes, cela me fait penser aux magnifiques scènes de Les Fleurs de Shanghai de Hou Hsiao Hsien. Les acteurs sont beaux, de très bons acteurs. C’est une histoire d’hommes et les femmes y sont très rares. C’est très bien filmé, nerveux mais sans explosions inutiles. Un bon film de rentrée, mais violent, très violent.

L’Aveu (Artur London)

janvier 20, 2007

Au mois de novembre, j’ai lu le petit livre que Griffin conseillait : ” Noir Animal ” de Yann Queffélec. J’ai beaucoup aimé car, en peu de pages, l’auteur nous plonge dans un univers familial vraiment glauque. Le style en est plaisant, les personnages sont terribles et les nazillons en prennent plein la tête. Merci Griffin pour ce texte utile et bien écrit.
(L’auteur a écrit une biographie de Bela Bartók que je dois chercher à me procurer.)

J’ai fini, au début de cette année, ” l’Aveu ” d’Artur London (c’est là aussi un Gaïen qui m’a incité à lire cette autobiographie qui n’était pas dans mes priorités du moment).
Petite difficulté au début pour apprécier le style de (des) auteur(s) : Artur London a écrit avec sa femme pour la version française. Puis tout devient extraordinairement passionnant, poignant, horrible.
En cherchant sur Internet, j’ai daté ma première vision du film de Costa Gavras en 1976. J’avais presque 10 ans. Mes parents toléraient que nous regardions les Dossiers de l’Ecran et les débats qui s’ensuivaient. Ce fut un bon apprentissage de l’utilité du cinéma comme introduction aux débats de réflexion sur la société d’alors.
Tout ce que j’ai lu dans ” L’Aveu ” n’est donc pas une révélation pour moi. C’est seulement une mise à jour de certains événements déplorables qui ont eu lieu il y a plus d’un demi-siècle.
Ce qui me peine le plus, c’est de voir confirmé le besoin que l’homme à de croire en quelque chose (un dieu ou une idéologie) et qu’il est souvent le sujet/jouet de sa crédulité. Le communisme a remplacé le christianisme pour beaucoup. Staline, Mao Ze Dong sont devenus des personnalités infaillibles et toute puissantes. Par goût du pouvoir ou par amour du prochain, certains peuvent être impliqués dans un univers kafkaïen qui ne leur laissera aucune chance de vivre ou de choisir leur mort.
Artur London a vécu une existence exemplaire, des Brigades Internationales à la Résistance française, dans le parti communiste français puis tchécoslovaque. Et pourtant, la machine à broyer du Juif bouc émissaire d’un régime soviétique malade va lui faire subir les châtiments de la prison politique. Des bourreaux nazis, aux bourreaux soviétiques, tout recommence et n’en finit pas de pourrir le bonheur d’être sur terre.
J’ai connu, dans mon cadre professionnel, un homme qui a vécu au goulag pendant 20 ans. Parce qu’un jour j’ai pris du temps pour lui et que nous avons échangé quelques mots russes dont je me souvenais encore, il m’a apporté un livre témoignage de son calvaire.
Outre l’attachement à sa famille, à ses proches, je pense que le besoin de dire ce que l’on a vécu à ceux qui viennent après nous est l’une des meilleures raison qui reste de vouloir vivre les atrocités constantes que les bourreaux infligent. Cela doit aider à tenir moralement. Il le faut bien, car comment ne pas devenir fou en ayant vécu tant de souffrances physiques et morales.

Libero (2006) Kim Rossi Stuart

janvier 10, 2007

Un gamin qui veut jouer au football au lieu de faire de la natation, ça ne devrait pas vraiment me tenter comme scénario. Réalisé par le très beau Kim Rossi Stuart, c’est vrai que ça me donne envie d’essayer de voir ce dont il est capable.
Eh bien je ne regrette pas le déplacement. Le scénario est bon, les acteurs adultes sont crédibles, les enfants sont parfaits.

Un peu de crainte au début du film que cela se finisse à la Comencini (L’Incompris). Donc prudence et mouchoirs préparés à l’avance. Mais non, l’enfant, même s’il vit des moments forts et qu’il a le goût de frôler le vide sur le toit de son immeuble, ne tombera pas ou ne se suicidera pas.

En revanche, la famille dans laquelle il vit son enfance n’est pas celle que l’on rêverait de faire connaître à sa progéniture : la mère disparaît régulièrement de la maison, car elle n’est pas satisfaite de son existence de mère, d’épouse. Bien qu’elle aime son mari et ses enfants, elle semble ne pas pouvoir assumer son rôle au sein du couple déchiré. C’est assez rare de voir cela au cinéma, car c’est souvent le père, le mari qui est mis en cause dans beaucoup de films.

Le pater familias gère tant bien que mal l’éducation des enfants, son travail et le retour soudain (pour la nième fois) de son épouse. Les temps sont durs, car il se met à son compte (il est opérateur steadicam), il a du mal à se faire payer son labeur et sa conception du travail lui est trop personnelle pour plaire à un réalisateur de publicité.

L’environnement familial dans ce contexte est très tendu, les crises de nerfs sont fréquentes et terribles. Les enfants, surtout le garçon, sont les acteurs malheureux de ses difficultés. Tranche de vie à l’italienne où tout n’est pas rose pour les classes moyennes.

Recherches et investigations.

janvier 3, 2007

Le week end dernier, j’ai enfin retrouvé le disque compact des concertos pour violoncelle de Joseph Haydn, qui s’était glissé dans un boîtier d’oeuvres de Schubert. Je suis en train de l’écouter : c’est une merveille et je suis aux anges ! Cela faisait un an que je le cherchais un peu partout.

Je suis rentré du travail tout à l’heure complètement fourbu et ayant un début de rhume. Nez qui coule et voix commençant à être cassée. Mauvais présages pour les prochains jours…

Dans cet état, je pensais me reposer et lire, mais j’ai eu la mauvaise idée d’aller directement dans mon grenier, sans m’être changé. Evoluer dans la poussière en pantalon de flanelle, chemise manches mousquetaires avec boutons de manchette, bretelles et pull mérinos : tenue idéale pour remuer les cartons et passer plus d’une heure à retourner mes trésors accumulés.

Le motif était de remettre la main sur un ” Emile Verhaeren ” écrit par Stefan Zweig, que j’avais promis de prêter, il y a quelques mois déjà, à l’une de mes collègues de travail. Ouvrir les cartons après leurs quelques années d’exil au-dessus de ma tête ; j’y ai retrouvé des livres dont je ne me souvenais plus. Heureusement que, pour certains, j’avais décidé de noter sur la première page la date à laquelle je les avais finis et y inscrivais au crayon de papier mon appréciation d’ensemble en quelques lignes

J’ai ri en découvrant que j’avais conservé le journal Les Echos pour la période 1998-1999. On y parle de passage à l’euro, du baril de pétrole à 10 U$D, de Jospin qui écarte la baisse immédiate du Livret A, de la baisse des taux d’intérêts à Wall Street, des fusions bancaires françaises, de la dévaluation du real brésilien et de sociétés qui ont toutes changé de noms depuis… que c’est loin tout cela pour moi.

J’y ai retrouvé aussi mes Jouhandeau édités chez Gallimard qui m’ont tant fait rire, j’ai même redescendu (un comble !) un cardinal de Retz en La Pléiade qui dormait tout seul. Le manque de place dans mon petit appartement me fait laisser loin de moi les pièces de théâtre de Bertolt Brecht. J’en suis vraiment bien triste, mais il y a un choix à faire pour ne pas se laisser envahir. J’ai pourtant fabriqué une étagère au mois de novembre ou j’ai pu caser environ deux cents livres dans mon entrée, mais ce ne sera jamais suffisant pour les avoir tous à disposition immédiate.

Dans mes ” retrouvailles “, il y a aussi mes ancêtres que je pensais perdus à jamais. Les quelques actes de naissance, de mariage, de décès de ma famille. Je vais pouvoir y jeter un œil neuf et peut-être reprendre ce que j’avais commencé il y a plus de 15 ans.

Toutes ces belles et bonnes choses m’ont redonné la pêche et je suis heureux ce soir d’avoir fait un beau voyage dans mes souvenirs.