Archives pour décembre 2006

A Prairie home companion (2006) Robert Altman

décembre 23, 2006

Le titre en français : ” The last show ” .

Je suis un peu ému, connement d’ailleurs, car il n’y a pas de quoi s’émouvoir pour une personne que je n’ai jamais connue. Altman est mort il y a peu de temps…

Encore un qui part, un bon réalisateur qui me laisse avec quelques films que j’aime voir et revoir : M.A.S.H. – 1970 (un pavé jeté dans mon enfance quand je l’ai vu et ce malgré les réticences de mes parents, il m’a fait connaître Donald Sutherland, l’un de mes acteurs fétiches), Short cuts – 1993, monument de plus de trois heures que j’adore et qui est autrement mieux ficelé que Babel (Alejandro González Inárritu) et enfin, Gosford Park – 2001, l’un des films les plus anglais du cinéma américain (avec Helen Mirren, la Queen de Stephen Frears), que je préfère au cinéma sirupeux de James Ivory sur des thèmes assez proches (Retour à Howards End, Les Vestiges du Jour) .

Mais revenons à ce petit film sans prétention, mais avec un choix d’acteurs que beaucoup lui ont enviés (les acteurs américains se battaient pour tourner avec Altman).
C’est la fin d’une époque, le dernier soir d’une émission radio diffusée en direct. Les artistes se produisent et chantent un peu tout ce que le folklore américain a de typique, un peu d’amour, de religieux, de chansons coquines.
Entre ses intermèdes musicaux, le présentateur nous vante les mérites de différents produits de consommation courante. Les ” réclames ” sont souvent drôles et la transition est toujours un bon moment.

Bon, on va dire qu’il faut bien que les choses évoluent. Cela fait penser au CBGB à Manhattan, salle mythique (” musée du rock “) qui a fermé ses portes en octobre de cette année. Il ne faut pas pleurer la disparition de lieux magiques, mais il y a toujours la question de l’emploi pour ceux qui resteront sur le carreau. Heureusement que l’un d’eux a la bonne idée de mourir dans la loge (dans le film) sur son fauteuil, en caleçon et santiags, attendant sa dulcinée qui aurait dû lui faire une gâterie tendre et coquine.

Pourtant, je n’ai pas très bien compris pourquoi la belle revenante est là (elle fait penser à un personnage mystérieux des films de David Lynch) ; elle est morte d’avoir ri en écoutant l’une des émissions de ” A prairie home companion “. Son rôle est celui de mener de vie à trépas l’exécuteur de la vente du lieu à un groupe texan.

Je ne suis pas un fan de la country music, mais là, avec les sous-titres, les chansons se laissent apprécier. Meryl Streep est plutôt bonne chanteuse. Lily Tomlin (actrice extraordinaire, comme l’est Rossy de Palma chez Almodovar) l’accompagne timidement. Les cow boys aux jeux de mots douteux, sont très drôles et profitent de leur dernier passage à la radio pour en faire des tonnes.

C’est donc un film gentillet et agréable à regarder. Le dernier spectacle de Robert Altman…

The Host (2006) Joon-ho Bong

décembre 19, 2006

Bon, je suis allé voir l’horrible bête coréenne.

Moi qui ai été ébloui par La Chanteuse de Pansori (1993 – IM Kwon-Taek), ou par l’un des plus beaux films que j’ai vu de ma vie Pourquoi Bodhi Dharma est-il parti vers l’Orient ? (1989 – BAE Yong-Kyun) et par un autre très beau film dans la même veine Ivre de Femmes et de Peinture (2002 – IM Kwon-Taek), je vois avec ” The Host ” que les Coréens savent être drôles et critiques envers la société dans laquelle ils vivent.

Bon, c’est clair que le réalisateur montre les Américains sous leur plus mauvais jour : un scientifique qui pollue la rivière Han parce qu’il ne supporte pas la poussière sur les flacons de formol, l’équipe de choc d’experts américains qui pensent que les Coréens ne sont pas capables de gérer la crise due à l’arrivée d’un monstre marin très méchant (encore un qui ressemble à Alien, décidément, tous les monstres depuis ce film génial se ressemblent).

Pour sauver leur monde (qui n’est pas le monde universel des productions américaines), la petite famille coréenne va se donner beaucoup de mal et perdre le grand-père et la petite fille. Le prix du sang des héros morts au champs d’honneur : les égouts de la ville.

Dans les moments ” gore ” de ce film, nous sommes tenus en haleine et les moments de tensions ou de montées d’adrénaline sont fréquents. Dans le même temps, les situations sont souvent cocasses ou tellement ridicules que l’on s’amuse beaucoup (les prélèvements sur le père de famille que les médecins ne parviennent pas à anesthésier).

Ce film est efficace, les effets spéciaux sont pas mal du tout (studios californiens) et les acteurs sont très bons. Les ratés dans la vie ne sont pas les plus mauvais pour se défendre, même dans une Corée où quelques gamins ne mangent pas à leur faim, car la crise est bien là… Ce n’est pas seulement un film de divertissement, il y a aussi un semblant de critique du modèle américain dans une Corée qui commence certainement à regarder vers ses voisins asiatiques et qui s’émancipe de la tutelle américaine.

Black book (2005) Paul Verhoeven

décembre 16, 2006

Vais-je être objectif à propos du film de ce réalisateur qui est une référence pour moi de ce qu’il se fait de mieux dans la catégorie film d’action dans le cinéma depuis des années ?

J’en reviens à Babel dont j’ai fait un article précédemment ; autant ce dernier filme laisse à penser qu’il a réellement un très gros problème de montage, autant ” Black book ” est maîtrisé de bout en bout par un Verhoeven à la mécanique cinématographique virtuose, à l’efficacité d’une mise en scène parfaite, à un excellent choix d’acteurs, à une très belle image, à un bon cameraman qui sait suivre les actions ou les regarder comme dans une pièce de théâtre.

Le scénario est touffu, l’action est très bien ficelée, il y a des moments de violence difficiles à supporter quand on est un peu sensible, le cadre géographique est évidemment magnifique (les Pays-Bas sont un décor naturel immédiatement utilisable pour tourner n’importe quelle œuvre).

Bon, je suis un grand amateur de femmes au cinéma et là j’admets que Candice Van Houten m’a séduit au-delà de mes attentes par sa beauté, son professionnalisme. Si cela peut être un tremplin comme Total recall le fut pour Sharon Stone, je ne peux lui souhaiter que du bon pour sa future carrière. Il est d’ailleurs une scène dans Black book qui rappelle le jeu de jambes décroisées découvrant la couleur du minou de cette dernière dans Basic instinct (est-ce une obsession de Verhoeven ?).
Mention spéciale aussi à cette grande fille qu’est Halina Reijn, aussi pétillante que belle, nouvelle venue dans mon album de jolies filles du cinéma.
Les acteurs masculins du film n’ont rien de jeunes premiers, mais cela n’ôte rien de leur charme et de leur bonne interprétation dans des rôles de salauds ou de personnages ambigus mêlant l’immonde collaborateur à celui du parfait résistant face à l’occupant ennemi.

C’est ce qui fait une part de l’originalité du film : les partisans ou les occupants ne sont pas dans un rôle défini de bon ou de mauvais allemand ou néerlandais. Ce qu’il y a de drôle ou de surprenant, c’est que Ludwig Müntze (l’officier nazi qui tombe amoureux de la Juive Rachel Steinn/Ellis de Vries) a prénommé ses enfants, morts lors d’un bombardement Alliés sur Hambourg, Rosa et Karl (allusion, selon moi, à Luxemburg et Liebknecht).

Nous savons tous qu’il y a eu des profiteurs de guerre et que certains ont su se débrouiller pour être aussi à l’aise dans leur rôle de collabo que dans celui de tondeur de femmes ayant couché avec l’ennemi. Ce ne sera jamais assez montré et démontré que le crime profite quelquefois aux opportunistes qui mangent à tous les râteliers de l’histoire.

Babel (2005) Alejandro González Inárritu

décembre 4, 2006

A priori, le film est banalement typique du cinéma américain : des acteurs beaux, connus et célèbres (Brad Pitt, Kate Blanchett), un couple qui se défait, des enfants blonds aux yeux bleus, du sang, des larmes faciles. Tout le monde renifle dans la salle, c’est torché en moins de deux (durée 2 heures 15) et c’est prêt pour un oscar. Comme dit la pub pour un opérateur d’accès à internet/téléphonie/télé… ” il suffit d’une star et d’un petit chien pour faire passer la tonne de texte qui défile sur l’écran “.

A y regarder de plus près, même si je trouve le film très pauvre dans l’originalité de son ensemble, le réalisateur a voulu mettre beaucoup de choses alors qu’il lui aurait été possible de faire quatre courts métrages de bonne tenue chacun.

Le fil directeur est une carabine 270 Winchester qu’un japonais a offert à un guide marocain, laquelle arme blessera sérieusement Susan et sera à l’origine d’un rodéo improvisé en voiture entre Etats-Unis et Mexique.

On peut voir, dans ces quatre petits films enchevêtrés à plaisir par le scénariste, des Nord-Américains employer une clandestine pour faire la nounou, mais un Etat qui refuse le passage de sans-papiers entre les deux frontières. Un jeune berger marocain, devenu tireur d’élite improvisé, être l’acteur d’une bavure dont les conséquences sont presque internationales. Un couple d’Américains en vacances exotiques frappé par des circonstances malheureuses, abandonné par ses congénères touristes mais soutenu par les locaux de manière très fraternelle. Enfin, une très belle jeune fille japonaise sourde et muette qui souffre de son isolement et de sa tenue à l’écart par la société à cause de son handicap.

Il y a beaucoup de beaux sentiments dans ce film et quelquefois la folie douce fait rire ou sourire (la jeune japonaise en quête d’amour charnel, le mariage mexicain auquel participent les enfants américains) .Cela ressemble a de beaux reportages ethnologiques par certains côtés, le passage sur la vie fruste des Marocains du désert en est un très bel exemple.

Mais cela en fait-il un film vraiment construit ?

J’ai le sentiment que les scènes sont coupées à la hâche pour reprendre régulièrement le corps du récit et c’est fait d’une manière si abrupte et sans grâce que l’on se demande qui a fait le montage du film. Vais-je être assez méchant en me posant la question de savoir quel était le cahier des charges du producteur imposant les éléments essentiels du bon produit commercial ?

Pour conclure, le film se laisse regarder. Il y a des passages qui me rappellent de très bons films moins commerciaux, mais dans l’ensemble, l’oeuvre manque très sérieusement de maîtrise ou de virtuosité.

Borat (2005) Larry Charles

décembre 2, 2006

J’ai de la chance en ce moment… s’il y a une personne qui a le rire le plus chevalin de la salle, je l’ai juste à côté de moi pendant le spectacle que je vais voir.
Je viens de lire quelques éléments qui sont peut-être un peu rassurants sur l’acteur tenant le premier rôle dans ce film “pipi-caca-popo”.
Le film est souvent drôle, c’est vrai. Mais cela me fait mal d’entendre rire une salle quand une population fictive d’un pays de l’Est que personne ne connait vraiment (le Kazakhstan, en fait les scènes sont tournées en Roumanie) fait un lâcher de juifs, accoutrés comme lors d’un carnaval, dans un enclos. J’ai eu du mal à rire, même s’il faut le prendre au millième degré de la satire.
Je veux bien croire que Sacha Baron Cohen veut montrer les préjugés ridicules que l’on a envers ceux que l’on ne connaît pas, mais pour faire son film, il a abusé de la confiance des nombreux figurants qu’il met en scène autour de lui. Le procédé n’est pas du tout fair play selon moi.
Se moquer d’autrui est un sport facile, même si c’est un moyen de dénoncer toutes formes de racisme, de croyances infondées, de délires psychiques ou culturels.
Bon, c’est une grosse farce lors de laquelle il faut se taper les cuisses de franche rigolade grasse et lourde. Avis aux amateurs.