Archives pour octobre 2006

Les Lumières du Faubourg (2005) Aki Kaurismäki

octobre 28, 2006

C’est un univers étrange dans lequel nous fait évoluer le réalisateur.
La laideur d’une ville portuaire sous la brume, des bâtiments modernes, un centre commercial.
L’antihéros est un gardien de nuit qui fait des rondes. Dès le début du film on sent qu’il n’est pas dans le monde, dans son monde. Les autres collègues ne ” boivent pas le coup ” avec lui. C’est un paria. ” Il va voir les femmes “, contrairement aux autres qui parlent de Tolstoï, Tchékhov, Pouchkine, etc.
J’ai le sentiment, mais je me trompe peut-être, qu’il est seul parmi une population essentiellement composée de russes, l’activité portuaire d’Helsinki expliquerait cela.
C’est un homme qui a de l’ambition, il suit des cours pour adultes, il veut monter sa propre entreprise de gardiennage.
Une machination le mènera en prison, plus tard, il sera abandonné dans un chantier après avoir été l’objet d’un tabassage en règle.
Les scènes de violence sont suggérées. Mais on devine qu’il y a du masochisme dans son désir de laisser faire le destin et surtout de ne pas le forcer en sa faveur.
Cette façon de fonctionner est si étrange, que j’ai trouvé le film drôle et incongru. L’inertie du beau brun aux yeux bleus me faisait fulminer de l’intérieur. Comment peut-on être si bête et si dépourvu d’amour-propre ! Il ira même jusqu’à vouloir faire la leçon à trois gros-bras dont le chien reste attaché sans écuelle d’eau à l’extérieur du bar où ils étanchent leur soif certainement inextinguible.
Il a tout de même un sursaut de vengeance, mais se fait maîtriser par un garde du corps avant qu’il n’ait pu donner un coup de couteau à l’espèce de macro qui sort avec la belle blonde, laquelle s’est servie de lui pour faciliter un vol de bijoux.
Le rythme lent du film, le scénario inattendu, les chansons doucereuses qui bercent le récit, déroutent le spectateur. On sort de la projection assez perplexe. Mais qu’a voulu dire Kaurismäki ?
Les acteurs principaux sont très bons et beaux, les « gueules » des russes et des collègues vigiles sont inquiétantes. Le cameraman est excellent et sait très bien jouer avec la lumière sur les visages. C’est un film qui ne se laisse pas regarder bêtement, pour se détendre. Je l’ai beaucoup aimé quoiqu’il en soit et je le trouve plein d’humour.

The Queen (2005) Stephen Frears.

octobre 23, 2006

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil” (Jean Yanne) 1972.

J’aime souvent ce que réalise Stephen Frears. Certains de ses films me sont même très chers, tels Les Liaisons dangereuses (1988), Prick Up Your Ears (1987) ou My beautiful laundrette (1985) et aussi l’avant-dernier que j’ai vu de lui Mrs Henderson presents (2005).

A propos de ” The Queen “, je reste insatisfait. Ode à la gloire de Tony Blair qui fait plier la royauté devant la raison d’état. Qui rompt l’inflexibilité de l’aristocratique famille (un clan) devant la nécessité de garder belle et avantageuse l’image nationale et internationale de la reine. La pression des médias sur l’action des personnages politiques (je pense à la phrase qui restera célèbre de Ségolène Royal : « Mon opinion est celle du peuple français ») qui interfère dans les convictions d’un chef d’état.

Je trouve le film bien trop propret et conventionnel, très déférent. Mais bon, ce n’est qu’un petit événement dans la grande histoire du Royaume-Uni. C’est de l’ordre de l’anecdote.

Je ne connais pas du tout les cancans de la famille royale anglaise et ne sais si Philipp Mountbatten est aussi intransigeant, si la reine-mère l’était aussi. Si le prince Charles est aussi soumis à sa mère (à la couronne) et les deux fils de Diana aussi absents de décisions qui les regardent au premier chef.

J’ai le sentiment que Diana (et ce malgré le respect que j’ai pour les bontés qu’a prodiguées Diana Spencer aux oeuvres dont elle s’occupait) est un personnage de Walt Disney et que, dans ce film, on frise le dessin animé inspiré des contes de fées. En moins méchant d’ailleurs que les contes de Grimm et de Perrault. La chasse au cerf, ce majestueux animal abattu, en est même un signe qui me fait croire au conte de fée qui finit mal.

Les acteurs (Elisabeth, Charles et Tony) sont bons, mais dans leurs rôles de gentils toutous (qui obéissent au doigt et à l’œil comme les Welsh Corgi de la reine), ils me hérissent le poil. La femme de Blair m’intéresse beaucoup plus (moins asservie), ainsi que Queen Mum et Lord Mountbatten.