Archives pour septembre 2006

J’ai épousé un Communiste (Philip Roth)

septembre 14, 2006

Deuxième roman que je lis de l’auteur. Et deuxième fois que la fille de famille bouleverse ou empoisonne la vie de ses proches (Philip Roth aurait-il eu des problèmes avec sa fille ou belle-fille ?). Deuxième fois aussi qu’il utilise le procédé de faire parler un frère sur son frère (est-ce une tradition littéraire dans le roman anglais ou américain ?).

L’ouvrage est moins bien construit que ” Pastorale américaine ” ; il semble un peu décousu. J’ai eu du mal à suivre son développement et le plaisir de la lecture n’était pas toujours là.

Dans ce roman, j’ai peut-être compris le fonctionnement de l’auteur : il excelle dans la description de portraits souvent hauts en couleur. Ses descriptions forment le tissu narratif du livre, un peu comme une oeuvre picaresque où chaque personnage a sa propre histoire mais rejoint une globalité de récit.

Le fil directeur est ici le combat du maccarthisme contre le communisme, plus précisément de la chasse aux sorcières dans le monde de la radio.

Le livre commence par les funérailles faites en grandes pompes d’un canari et se finit par l’enterrement de Richard Nixon. Cette dernière occasion est utilisée par Philip Roth pour passer au vitriol la classe politique américaine toute entière, tous bords confondus (c’est un passage court, mais efficace).

Cependant, il y a quelque chose que je n’arrive pas à déterminer, qui me déplaît dans ce que dit Philip Roth dans son roman. Peut-être aurai-je la solution dans un prochain roman ? J’ai une gêne que je ressens dans ce livre-ci, mais quelle est-elle ?

L’immeuble Yacoubian (2005) Marwan Hamed

septembre 14, 2006

Les films qui m’ont donné le sentiment de claustrophobie sont assez rares. Parmi eux, il y a ” Cube “, ” Midnight Express ” et un peu ” Fraise et Chocolat “. Pour les deux derniers, c’est le système politique et/ou carcéral qui donne ce sentiment très désagréable d’enfermement.
En sortant de la projection de l’Immeuble Yacoubian, je me suis dit que la France est un beau pays, que Paris est une ville bien agréable à vivre, quand tout s’y passe bien pour soi, évidemment.

La forme du film, en deux mots, car je ne suis pas spécialiste : presque trois heures de film pendant lesquelles nous ne pouvons pas nous ennuyer. La musique tonitruante et laide rend de temps en temps le film pénible à regarder. Le réalisateur a eu les moyens de faire son œuvre. Je pense qu’il a eu beaucoup de moyens financiers pour tourner cette superproduction égyptienne. Il les a utilisés au maximum des capacités.

Je regarde souvent les chaînes étrangères à la télévision, même lorsque je n’en comprends pas la langue. Il m’est arrivé de regarder les feuilletons sur la chaîne égyptienne avec curiosité, car les réalisateurs montrent comment est la vie idéalisée en Egypte, même si cela ne concerne que la catégorie sociale bourgeoise supérieure. Je crois que dans le film ” l’Immeuble Yacoubian “, nous y voyons cette même représentation de l’Egypte ou plus précisément du Caire d’aujourd’hui.

Le scénariste voulait qu’il n’y ait pas de temps morts, qu’il y ait donc des rebondissements toutes les dix/vingt minutes. Nous sommes servis, car le film est riche, à la limite de l’indigestion. Toutes les questions actuelles de la société égyptienne sont posées.

Et c’est là que le fond sauve le film-fleuve et fait la richesse, le côté essentiel de l’œuvre. Je ne sais si l’Islam a codifié le mode de vie des égyptiens avant la période ottomane puis le protectorat britannique, car, dans ce film, il y a une antinomie entre ce que la société devrait être idéalement et ce qu’elle est vraiment, mais attention, idéalement ne veut pas dire selon les canons de l’Islam ou de l’islamisme radical (ou plus précisément, selon toute forme de religion, car l’Islam n’est et n’a pas le monopole de l’intolérance). Le film montre la dureté de la vie au Caire de nos jours et le mal-être de la population qui y habite.
Les différents thèmes abordés sont, certainement dans le désordre, la corruption politique et/ou économique, l’homosexualité masculine réprimée ou tolérée selon des critères s’adaptant en fonction de celui qui est homosexuel, les devoirs des femmes (elles n’ont quasiment aucuns droits, bien que la sœur Daoulate et la chanteuse jouissent d’une liberté de “femmes de tête” célibataires), l’islamisation de la jeunesse des bas quartiers qui se voit refuser les bienfaits de l’ascenseur social malgré des études universitaires correctes.

Le réalisateur n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il a sorti l’artillerie lourde pour montrer les malaises de la société égyptienne actuelle : régime politique qui doit son maintien grâce au soutien de la police et des militaires, où la violence des forces de l’ordre fait peur (mais nous connaissons cela aussi en France de temps en temps pour certaines catégories de populations). Le harcèlement continuel des islamistes radicaux contre la classe politique, ces fous de dieu qui veulent faire revenir aux premiers préceptes du Coran une société qui a évolué au même rythme que l’Occident depuis plus d’un siècle.
Mais cette protection du régime politique en place ne peut se faire que si la société égyptienne se réforme vraiment : fin de la corruption (il faut payer pour tout : on achète sa femme, son travail, son amant homosexuel, son poste dans la politique), fin de l’asservissement des femmes (elles ne sont que des instruments pour enfanter ou prendre du plaisir et les hommes les répudient dès qu’elles ne sont plus telles qu’ils les veulent), fin de l’abus de droit pour la police qui profite de son statut pour avilir des êtres humains (viol du jeune étudiant en prison).
Je ne peux me représenter le courage qu’il y a de faire un film aussi cruel envers son propre pays au régime répressif évident. C’est un brûlot contre le pouvoir des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, de l’argent qui fait ou défait les hommes politiques.

Rien que pour soutenir ce courage, il faut voir ce film. Et aussi pour la performance des acteurs qui sont bons.

Little Miss Sunshine (2005) Jonathan Dayton et Valerie Faris

septembre 12, 2006

Ce film vient d’obtenir le grand prix du festival de Deauville. C’est, semble-t-il, la première fois qu’il y a unanimité du jury, de la critique et du public.

C’est une famille américaine qui va faire un long trajet sur la route (encore le thème de la route dans un film américain, ça n’en finira donc jamais) pour emmener la petite fille de la maisonnée à un concours de jeunes miss de beauté.

Je ne dis rien de plus, car je ne veux rien dévoiler de ce film très drôle. Je m’y suis vraiment beaucoup amusé.

A noter les références à Marcel Proust et Friedrich Nietzsche ^^

Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (1906-1975) compositeur russe

septembre 12, 2006

Nous commémorons aujourd’hui (calendrier julien) les cents ans de la naissance de ce compositeur russe.
Je ne peux dire le plaisir que j’ai à écouter régulièrement ses quatuors à cordes. C’est quelque chose d’unique et de merveilleux, de rugueux, de triste et quelquefois passionné.
Les quatuors à cordes, dans la longue lignée des Haydn, Mozart, Beethoven, Bartók, sont des ensembles magnifiques pour la musique de chambre. Peut-être les plus beaux ensembles lorsque les quatre artistes (deux violons, un alto, un violoncelle) dialoguent selon les différentes combinaisons que les compositeurs ont écrites sur une partition. Ceux de Chostakovitch sont parmi les plus beaux de la création musicale mondiale, mais les plus sombres aussi.

Chostakovitch n’a pas eu de chance, car il a été l’instrument de Staline et du parti communiste jusqu’à la mort du dictateur en 1953. Il a écrit beaucoup d’oeuvres de commande dont la musique de films respectant les canons du réalisme soviétique. Son œuvre pessimiste ne nous montre pas un musicien heureux d’être soviétique et beaucoup considèrent sa musique comme une critique du régime totalitaire en place.
J’aime un peu moins ses symphonies, mais c’est un terrain encore presque inconnu pour moi. Avec le temps, peut-être trouverai-je du plaisir à leur écoute répétée.

Pour avoir un petit cours de musique agréable et riche d’enseignement, je conseille ” la leçon de musique ” consacrée à Dmitri Chostakovitch, de Jean-François Zygel (DVD).

Onze septembre 2001

septembre 11, 2006

Ce jour-là, comme aujourd’hui, j’étais en vacances chez moi.

Un collègue de travail m’appelle et me demande d’allumer le téléviseur pour lui décrire ce qui se passe à New York.
J’allume et je vois un deuxième avion s’écraser sur la deuxième tour. Je ne savais pas ce qu’était le World Trade Center.

J’étais obligé de commenter pour mes collègues ce que je voyais.

Je pensais en même temps à ma mère qui m’avait un soir appelé dans ma chambre pour me demander d’assister avec elle au drame du Heysel toujours sur un poste de télévision.

Une Adolescente (2001) Eiji Okuda

septembre 11, 2006

A la maternelle, je rêvais de savoir ce qu’il y avait sous les jupes des petites filles de mon âge. Peut-être par curiosité.
En primaire, je pense à neuf ans, je ne rêvais que d’une chose : découvrir le corps d’un homme. Etais-je sur le chemin de l’homosexualité dès cet âge-là ?
Peut-être que si l’accomplissement de relations à caractère érotique ou sexuel avait eu lieu, me serais-je moins culpabilisé de ne pas savoir de quel bord j’étais : homosexuel ou hétérosexuel ?
Ne pas savoir jusqu’à l’adolescence (il y a des années de cela, quand être homosexuel n’était pas pensable en province lointaine et que les médias n’en parlaient pas aussi ouvertement) m’a compliqué la vie : mensonges à moi-même et frustrations pour sembler être comme tout le monde. Malgré cette personnalité asexuée que j’avais fabriquée, tout mon entourage familial ou scolaire me voyait comme un garçon un peu trop féminin ou pour mieux dire efféminé.
Après avoir suivi des cours de virilité adéquats (selon les indications de mon entourage), j’ai réussi à, tant bien que mal, me viriliser pour me fondre dans le rôle de l’hétérosexuel parfait. J’ai joué le rôle que ma famille, la société m’imposaient.
C’est pour cela qu’actuellement je suis très ennuyé quand je lis dans certains portraits que beaucoup n’aiment pas les “folles”. Ce comportement féminin est le fruit de sa propre nature et culture et non obligatoirement un schéma fait par des hommes en mal de représentation sexuelle.

Pour en revenir sur le sujet du Nico-blog où les “choupinous” se succédaient chaque jour, mes yeux se sont rarement arrêtés dessus, car les jeunes garçons montrés ne sont pas ce que j’aime. La majorité des corps d’adolescents me laisse totalement froid.
Le Nico-blog me faisait tout de même me demander jusqu’où le Nico-blog irait dans la jeunesse rafraîchissante des garçons. Ne pouvant jamais contrôler l’âge des modèles, il se peut que les jeunes gens aient moins de 18 ans. Mais je suis tout à fait d’accord qu’un âge légal est une barrière tellement difficile à respecter en amour ou en désir de l’autre, que je comprends aussi le malaise que cela peut être de savoir si telle ou telle photo peut être montrée. Comme nous vivons de plus en plus dans une société où l’on doit s’autocensurer au risque, dans le cas contraire, de choquer autrui, je ne sais quoi penser du brouhaha fait autour du Nico-blog. Certains ont trouvé la parade : ils montrent des chats dont on ne sait l’âge.

Tout ça pour dire enfin, que le film ” Une Adolescente ” est un film à propos de l’amour d’une adolescente de 15 ans pour un policier japonais beaucoup plus âgé qu’elle.
C’est un film touchant et quelquefois brutal, comme savent l’être parfois les films japonais.
N’ayant jamais entendu parlé de ce film avant de l’acheter dans un magasin, le “problème” de l’adolescence et de l’amour physique consommé au cinéma devant les spectateurs (interdit au moins de 16 ans dit la jaquette du DVD) n’a pas posé de cas de conscience extraordinaire pour les cinéphiles qui ont fait le même achat que moi.
C’est vraiment un très beau film et ce n’est pas du voyeurisme que de regarder ce film dans tous ses aspects esthétiques et narratifs.

Flandres (2005) Bruno Dumont

septembre 2, 2006

Attention, cet article parle du film et dévoile certains passages.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film est dur, difficile et ne sera pas un succès au box office. Et pourtant…
Pour ne pas en faire une œuvre belle et plaisante, le réalisateur nous fait entendre dès le début le “ploc ploc” de la boue remuée par les bottes des acteurs. La boue de la campagne en automne dans une exploitation agricole. Pour ajouter au non-esthétisme du film ou à sa crudité, contrairement aux films pornographiques où les enfilades durent au moins vingt minutes, tous les coïts n’excèderont jamais dix ou vingt secondes.

Première partie : un jeune agriculteur s’occupe des travaux de la ferme (un cochon, des poules et de la terre à retourner).
Une jeune fille gironde qui s’offre à ce garçon pour meubler son existence et qui par ailleurs va faire l’amour (ou s’accoupler) dans la voiture sur le parking avec un autre garçon rencontré au café, sans aucun secret pour quiconque, car les passants devinent ce qui se passe dans la voiture.
Puis il y a d’autres jeunes gens de cette région triste de Flandres des terres, tout près de la Belgique.
Il y a les travaux des champs, il y a les moments où l’on s’ennuie (mais c’est peut-être déjà une habitude prise depuis des siècles et l’ennui n’est probablement pas ressenti comme tel).
C’est bestial. La vie est brute, sans artifice aucun. Sans faux-semblants.
Première rupture, lorsque la jeune fille pleure entre ses deux “amants” car elle sait qu’ils partent à la guerre. Enfin de l’humanité !

Deuxième partie : dans un pays imaginaire, en guerre, les deux garçons qui ont quitté leur petite-amie se trouvent confrontés à des francs-tireurs aux abords de villages désertés par les habitants (les scènes sont tournées en Tunisie et les combattants sont des maghrébins, mais cela n’a pas de réalité historique).
Pris dans une embuscade, une escouade militaire tombent sous les coups de fusils. Plusieurs meurent.
Leur sergent (?) est calciné par un tir d’arme. Ils resteront sur place jusqu’à ce qu’un hélicoptère militaire vienne chercher les restes de ce corps décomposé, puis iront débusquer deux gamins combattants et les tueront. Légitime violence, c’est la guerre.
Les cinq soldats restants trouveront une femme et quelques-uns la violeront.
Faits prisonniers plus tard par des combattants, l’un des soldats sera achevé car il a tué sans raison aucune un paysan. Et les autres seront présentés à la très belle femme (elle a un visage magnifique) qu’ils ont violée auparavant.
Alors là, j’avoue que je n’ai pas très bien saisi si celui qu’elle désigne pour être émasculé est justement celui qui ne l’a pas violée. Si un spectateur pouvait me le dire… Bon, pas de peur à avoir, la femme l’achèvera d’une balle dans la tête pour finir ses souffrances (un cheval avait subi le même sort au début de l’expédition militaire après avoir été touché par un snipper). La souffrance inutile n’est pas utile dans le film.

Pendant ce temps, c’est l’hiver en Flandres, le “ploc ploc” du sol a fait place au “crac crac” de la neige et du verglas. La jeune fille est sollicitée par un garçon dont elle refuse les avances, mais aura tout de même une copulation avec un autre garçon. Va comprendre pourquoi l’un et pas l’autre ???
Elle apprend qu’elle est enceinte. Une lettre envoyée à son copain parti au combat l’en a informé (mais on peut se poser la question de savoir qui des deux partenaires est vraiment le père ?). Nous la voyons dans une institution médicale et là aussi j’ai une lacune, est-ce pour se faire avorter (vraisemblablement) ou un pavillon psychiatrique ??? Toujours est-il qu’elle fait une crise de nerfs dans cet établissement. Avant d’entrer dans cette institution médicale, elle regarde toute une ribambelle de chats (est-ce une allusion à la faculté des chats de s’acoquiner avec toutes les femelles du quartier pour assouvir leur besoin sexuel ?).

Les seuls militaires survivants seront les deux petits-amis de cette future/ex maman. Mais au moment de leur évasion rendue possible par l’arrivée d’un hélicoptère militaire, le prétendu père qui a reçu la lettre est tué par les combattants.
L’autre, le paysan, s’enfuit après avoir laissé son compagnon d’infortune blessé.

Troisième partie : le printemps/l’été.
La campagne chante, le soleil est là pour égayer les champs. L’humidité fait place à la chaleur sèche.
Notre paysan est revenu de la guerre. Le rituel de l’accouplement recommence. Mais la jeune fille veut savoir comment est mort l’autre garçon. Comme les choses sont franches et directes dans cet univers, je suppose que le garçon dira tout crûment ce qui s’est passé.
Pour finir, après s’être engueulés, les deux jeunes gens finissent ensemble dans une grange, allongés parterre, le garçon sur la fille pleurant et lui disant je t’aime.

Il aura fallu tout ce temps et ces expériences terribles, pour que ce garçon puisse enfin dire à cette jeune fille qu’il l’aime. C’est triste et beau. C’est humain. Il y a de l’humanité même chez ceux qui ne savent pas dire les choses ou auxquels on n’a pas appris ce que pouvait être l’amour.

Fallait-il faire un film aussi difficile pour arriver à cette conclusion, à ce cheminement établi comme une démonstration articulée rigoureusement ?
C’est magistral.
La photo est très belle. Vraiment très beaux paysages et gros plans des acteurs.

Pastorale américaine (Philip Roth)

septembre 2, 2006

C’est mon premier Philip Roth.
J’ai commencé à lire le roman avec un a priori plutôt positif. Ce que j’avais lu dans la presse de cet auteur en disait du bien. Peut-être ai-je occulté certains autres articles qui étaient moins élogieux ou dont la critique démolissait l’oeuvre globale de l’écrivain.

“Pastorale américaine” est une saga familiale qui va du grand-père Levov fabriquant de gants de cuir à Newark, à l’activisme politique de la petite-fille Merry dans les années soixante. Le lien entre les deux est le fils/père, appelé le Suédois, qui tant bien que mal fait la transition entre le passé de réussite, de prospérité et l’avenir fait de désillusions, de difficultés à vivre l’Amérique d’après les années 60.
C’est un enchevêtrement de situations, d’histoires. La construction du roman est complexe, car ce sont des allers-retours constants entre le passé et le présent, entre un narrateur “je” et un héros “il”.
Cela commence par une réunion d’anciens élèves ayant tous des problèmes de prostates (ils ont la soixantaine) et continue sur Jerry, le frère du Suédois pour en venir à l’histoire de ce dernier.
C’est un patchwork dense de cette Amérique de la côte Est où tout est centré autour du père de famille Seymour Levov.
De la fabrication des gants de cuirs (descriptions très intéressante de cette activité d’abord faite chez soi par les tailleurs Italiens, puis dans une usine de Newark, puis à Porto Rico et enfin en Tchécoslovaquie), à l’élection de Miss Amérique (concours auquel participera la future femme du Suédois en tant que candidate, qui se déroule à Atlantic City), en passant par le bégaiement de la fille Merry qui posera une/des bombe(s) et prendra une/des vie(s) pour montrer son opposition à l’Amérique conservatrice et égoïste (l’anarchisme aveugle d’une fille en mal de vivre, qui rejette toute forme d’autorité et sombre progressivement dans l’annihilation de son corps).
Dans ce roman, l’auteur décrit aussi les antagonismes ou les difficultés de vivre entre les différentes communautés formant le fameux “melting pot” de la nation américaine : Protestants regardant en chiens de faïence les Catholiques, ces deux religions évitant les mariages avec les Juifs pour des considérations de rites ou de pratiques quotidiennes (l’interrogatoire entre le grand-père juif et la future épouse catholique est très intéressant), enfin le problème noir. Cette main-d’œuvre noire qui détruira l’outil de travail pendant les émeutes de 1967 et sera en partie à l’origine de la désertion progressive des entrepreneurs dans la région (les revendications salariales et la demande d’amélioration des conditions de travail dans les usines augmentant les charges des entreprises, l’industrie américaine commençait déjà à délocaliser vers des pays à bas salaires).
Ce roman fait partie de ceux pour lesquels, en le lisant, on se demande jusqu’où cela va aller dans la surprise et l’étonnement. J’ai été tenu en haleine jusqu’à la fin. Une fin qui dure cent vingt pages, lors d’un dîner chez les Levov, dans leur maison vieille de deux cents ans et dont la femme du Suédois veut se débarrasser au profit d’une maison moderne, dessinée par son amant (futur mari ?) architecte.
Les descriptions de l’engagement politique de la fille Merry sont vraiment des moments intenses et durs. Le rôle du père, des parents n’est pas facile. On en a l’exemple évident dans ce livre. J’en établi le parallèle avec les parents de tous les poseurs de bombes : quel chemin doit-on faire dans sa mémoire pour comprendre le moment où sa progéniture bascule dans le crime prémédité ?
Philip Roth a fait du beau travail.