Attention, cet article parle du film et dévoile certains passages.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film est dur, difficile et ne sera pas un succès au box office. Et pourtant…
Pour ne pas en faire une œuvre belle et plaisante, le réalisateur nous fait entendre dès le début le “ploc ploc” de la boue remuée par les bottes des acteurs. La boue de la campagne en automne dans une exploitation agricole. Pour ajouter au non-esthétisme du film ou à sa crudité, contrairement aux films pornographiques où les enfilades durent au moins vingt minutes, tous les coïts n’excèderont jamais dix ou vingt secondes.
Première partie : un jeune agriculteur s’occupe des travaux de la ferme (un cochon, des poules et de la terre à retourner).
Une jeune fille gironde qui s’offre à ce garçon pour meubler son existence et qui par ailleurs va faire l’amour (ou s’accoupler) dans la voiture sur le parking avec un autre garçon rencontré au café, sans aucun secret pour quiconque, car les passants devinent ce qui se passe dans la voiture.
Puis il y a d’autres jeunes gens de cette région triste de Flandres des terres, tout près de la Belgique.
Il y a les travaux des champs, il y a les moments où l’on s’ennuie (mais c’est peut-être déjà une habitude prise depuis des siècles et l’ennui n’est probablement pas ressenti comme tel).
C’est bestial. La vie est brute, sans artifice aucun. Sans faux-semblants.
Première rupture, lorsque la jeune fille pleure entre ses deux “amants” car elle sait qu’ils partent à la guerre. Enfin de l’humanité !
Deuxième partie : dans un pays imaginaire, en guerre, les deux garçons qui ont quitté leur petite-amie se trouvent confrontés à des francs-tireurs aux abords de villages désertés par les habitants (les scènes sont tournées en Tunisie et les combattants sont des maghrébins, mais cela n’a pas de réalité historique).
Pris dans une embuscade, une escouade militaire tombent sous les coups de fusils. Plusieurs meurent.
Leur sergent (?) est calciné par un tir d’arme. Ils resteront sur place jusqu’à ce qu’un hélicoptère militaire vienne chercher les restes de ce corps décomposé, puis iront débusquer deux gamins combattants et les tueront. Légitime violence, c’est la guerre.
Les cinq soldats restants trouveront une femme et quelques-uns la violeront.
Faits prisonniers plus tard par des combattants, l’un des soldats sera achevé car il a tué sans raison aucune un paysan. Et les autres seront présentés à la très belle femme (elle a un visage magnifique) qu’ils ont violée auparavant.
Alors là, j’avoue que je n’ai pas très bien saisi si celui qu’elle désigne pour être émasculé est justement celui qui ne l’a pas violée. Si un spectateur pouvait me le dire… Bon, pas de peur à avoir, la femme l’achèvera d’une balle dans la tête pour finir ses souffrances (un cheval avait subi le même sort au début de l’expédition militaire après avoir été touché par un snipper). La souffrance inutile n’est pas utile dans le film.
Pendant ce temps, c’est l’hiver en Flandres, le “ploc ploc” du sol a fait place au “crac crac” de la neige et du verglas. La jeune fille est sollicitée par un garçon dont elle refuse les avances, mais aura tout de même une copulation avec un autre garçon. Va comprendre pourquoi l’un et pas l’autre ???
Elle apprend qu’elle est enceinte. Une lettre envoyée à son copain parti au combat l’en a informé (mais on peut se poser la question de savoir qui des deux partenaires est vraiment le père ?). Nous la voyons dans une institution médicale et là aussi j’ai une lacune, est-ce pour se faire avorter (vraisemblablement) ou un pavillon psychiatrique ??? Toujours est-il qu’elle fait une crise de nerfs dans cet établissement. Avant d’entrer dans cette institution médicale, elle regarde toute une ribambelle de chats (est-ce une allusion à la faculté des chats de s’acoquiner avec toutes les femelles du quartier pour assouvir leur besoin sexuel ?).
Les seuls militaires survivants seront les deux petits-amis de cette future/ex maman. Mais au moment de leur évasion rendue possible par l’arrivée d’un hélicoptère militaire, le prétendu père qui a reçu la lettre est tué par les combattants.
L’autre, le paysan, s’enfuit après avoir laissé son compagnon d’infortune blessé.
Troisième partie : le printemps/l’été.
La campagne chante, le soleil est là pour égayer les champs. L’humidité fait place à la chaleur sèche.
Notre paysan est revenu de la guerre. Le rituel de l’accouplement recommence. Mais la jeune fille veut savoir comment est mort l’autre garçon. Comme les choses sont franches et directes dans cet univers, je suppose que le garçon dira tout crûment ce qui s’est passé.
Pour finir, après s’être engueulés, les deux jeunes gens finissent ensemble dans une grange, allongés parterre, le garçon sur la fille pleurant et lui disant je t’aime.
Il aura fallu tout ce temps et ces expériences terribles, pour que ce garçon puisse enfin dire à cette jeune fille qu’il l’aime. C’est triste et beau. C’est humain. Il y a de l’humanité même chez ceux qui ne savent pas dire les choses ou auxquels on n’a pas appris ce que pouvait être l’amour.
Fallait-il faire un film aussi difficile pour arriver à cette conclusion, à ce cheminement établi comme une démonstration articulée rigoureusement ?
C’est magistral.
La photo est très belle. Vraiment très beaux paysages et gros plans des acteurs.