Ma curiosité aidant, j’ai craqué sur ce nom de famille plein de colère (“Zorn” en allemand veut dire colère).
Après sa lecture, je suis évidemment conforté dans l’idée que les problèmes psychologiques que l’on accumule depuis son enfance doivent être réglés avant de tomber malade ou mourir. Il est terrible d’être diminué physiquement par la maladie et de voir revenir à soi comme un boomerang toutes ses frustrations de l’enfance/adolescence vis à vis de la société, de ses parents, de son entourage immédiat.
C’est ce qu’il se passe pour ce garçon/narrateur issu d’une riche famille bourgeoise de Zürich.
Dans ce livre, nous lisons une suite ininterrompues de réflexions sur une vie ratée à cause d’une éducation stricte et sans émotions. Ou le mot sexe ne doit pas être prononcé, ou l’essentiel est de vivre une existence utilitariste : gagner de l’argent, briller en société, avoir les mêmes habitudes que sa classe sociale, se marier, aimer sa femme sans se préoccuper de savoir si c’est vraiment de l’amour.
L’auteur a le sens de la formule lapidaire : ” Le Diable est ailleurs. Il se trouve là où Dieu n’est pas. Bien sûr le Diable se trouve en enfer, et l’enfer, comme on sait, est un lieu éminemment désagréable, mais cela vaut la peine d’être en enfer, car l’enfer, c’est là où Dieu n’est pas.” ; ” il faudrait carrément inventer Dieu… rien que pour lui casser la gueule” ; ” Ce que c’est que l’ “amour”, je n’ai pas besoin de le définir longuement. Toutefois, depuis deux mille ans, le mot “amour” n’a cessé d’être profané et traîné dans la boue par la funeste secte qui, aujourd’hui encore, jouit de la réputation d’être la religion principale de ce qu’on appelle l’Occident civilisé, si bien qu’au fond on ne devrait pas du tout s’étonner que, de nos jours, aucun habitant de l’Occident effectivement ne sache plus ce que c’est que l’amour”.
En fait, sa réflexion est tout simplement celle de savoir pourquoi l’on est sur terre, si c’est pour souffrir et mal vivre son existence que l’on porte comme la croix de sa propre crucifixion.
Cela m’a fait penser un peu à ” Extinction” de Thomas Bernhard (même traductrice chez Folio) qui fustige, lui, la société autrichienne. Autant de hargne et de venin à distribuer, autant de fiel à déverser. C’est dur et quelquefois injuste. Mais provenant d’un homme qui mourra à 32 ans sans connaître l’amour, cela peut se comprendre.