Archives pour août 2006

” Mars ” (Fritz ZORN)

août 27, 2006

Un gaïen a, sur son profil, depuis un temps certain, ce livre en lecture en cours.
Ma curiosité aidant, j’ai craqué sur ce nom de famille plein de colère (“Zorn” en allemand veut dire colère).
Après sa lecture, je suis évidemment conforté dans l’idée que les problèmes psychologiques que l’on accumule depuis son enfance doivent être réglés avant de tomber malade ou mourir. Il est terrible d’être diminué physiquement par la maladie et de voir revenir à soi comme un boomerang toutes ses frustrations de l’enfance/adolescence vis à vis de la société, de ses parents, de son entourage immédiat.
C’est ce qu’il se passe pour ce garçon/narrateur issu d’une riche famille bourgeoise de Zürich.
Dans ce livre, nous lisons une suite ininterrompues de réflexions sur une vie ratée à cause d’une éducation stricte et sans émotions. Ou le mot sexe ne doit pas être prononcé, ou l’essentiel est de vivre une existence utilitariste : gagner de l’argent, briller en société, avoir les mêmes habitudes que sa classe sociale, se marier, aimer sa femme sans se préoccuper de savoir si c’est vraiment de l’amour.
L’auteur a le sens de la formule lapidaire : ” Le Diable est ailleurs. Il se trouve là où Dieu n’est pas. Bien sûr le Diable se trouve en enfer, et l’enfer, comme on sait, est un lieu éminemment désagréable, mais cela vaut la peine d’être en enfer, car l’enfer, c’est là où Dieu n’est pas.” ; ” il faudrait carrément inventer Dieu… rien que pour lui casser la gueule” ; ” Ce que c’est que l’ “amour”, je n’ai pas besoin de le définir longuement. Toutefois, depuis deux mille ans, le mot “amour” n’a cessé d’être profané et traîné dans la boue par la funeste secte qui, aujourd’hui encore, jouit de la réputation d’être la religion principale de ce qu’on appelle l’Occident civilisé, si bien qu’au fond on ne devrait pas du tout s’étonner que, de nos jours, aucun habitant de l’Occident effectivement ne sache plus ce que c’est que l’amour”.
En fait, sa réflexion est tout simplement celle de savoir pourquoi l’on est sur terre, si c’est pour souffrir et mal vivre son existence que l’on porte comme la croix de sa propre crucifixion.
Cela m’a fait penser un peu à ” Extinction” de Thomas Bernhard (même traductrice chez Folio) qui fustige, lui, la société autrichienne. Autant de hargne et de venin à distribuer, autant de fiel à déverser. C’est dur et quelquefois injuste. Mais provenant d’un homme qui mourra à 32 ans sans connaître l’amour, cela peut se comprendre.

The Wind that Shakes the Barley (2005) Ken Loach

août 23, 2006

Article écrit autour du 23 août 2006.

Je préfère le titre en anglais, dont l’origine est l’une des phrases d’une chanson que l’on entend dans le film.

Palme d’Or du Festival de Cannes 2006. Il n’y a aucun doute que j’aurais de préférence donné ce prix à Flandres de Bruno Dumont.

Rien à reprocher au film dans sa conception. C’est bien fait, c’est beau, le cinéaste ne magnifie pas l’Irlande en montrant ses beaux paysages verdoyants.

Mais je reste vraiment sur ma faim. Le sujet aurait été plus intéressant avec un scénario différent, plus didactique. C’est une œuvre qui se laisse regarder, mais je m’y suis un peu ennuyé. C’est dommage.

” Le Docteur Faustus ” Thomas Mann

août 16, 2006

Quand je finis un livre, il m’arrive d’être triste car j’ai l’impression de quitter un ami que je ne reverrai plus. Je relis très rarement un livre car le temps d’un homme est compté et le champ littéraire est immense.

J’ai fini avant-hier ” Le Docteur Faustus ” de Thomas Mann. Je l’ai commencé en 1985 pour le terminer enfin en 2006. Cela ne veut pas dire que je l’ai lu continûment pendant 21 ans mais qu’il fait partie des romans que j’ai eus du mal à achever. Etant un homme entêté, quand je veux lire un livre jusqu’au bout, j’y mets le temps et rien ne résiste à ma volonté.
Dire que j’ai lu dix fois le début (les cent ou deux cents premières pages) du ” Docteur Faustus ” serait en dessous de la vérité. J’ai fait de nombreuses tentatives et enfin avant-hier j’y suis parvenu.
Ma persévérance a été, il est vrai, récompensée.
Le hasard de mes belles rencontres m’a fait connaître en janvier de cette année un garçon d’une grande culture qui connaissait le roman en question. Ce qui l’avait saisi au plus haut point, c’était le passage avec le Diable. Il semblait encore en avoir des frissons rien que d’y penser. C’est certainement ce garçon qui m’a incité à rouvrir le roman de Mann et je ne peux que le remercier d’en avoir parlé avec moi.
De mon côté, le Diable ne m’a pas impressionné. Dans la littérature allemande le thème de Faust et Mephistopheles est ancien. Avant Goethe il existait déjà. Les Diables m’amusent.
Le roman n’est pas facile, est-ce un roman ?
” Le Docteur Faustus ” est un écrit où l’on parle de la musique dodécaphonique, où l’on parle aussi des deux Guerres Mondiales, ou l’on parle d’un homme qui rencontre le Diable et scelle un pacte qui lui sera fatal. Arnold Schönberg et sa musique sérielle y ont une belle place. La vie de Friedrich Nietzsche a servi de modèle pour la vie du héros.
Thomas Mann aurait mieux fait de rédiger une encyclopédie pour développer toutes ses théories plutôt qu’un roman lourd et indigeste et pourtant son écrit est fascinant. Rien n’est facile dans l’écriture de Mann, même ” La Montagne magique ” sous ses airs de roman n’est pas une partie de plaisir immédiate (heureusement que l’auteur a beaucoup d’humour, mais si subtil qu’il est presque indécelable).
J’en sors donc lessivé et ému, profondément touché par ce que l’auteur y met de lui-même, par petites touches.

Love of May (2006) Hsou Hsiao Ming

août 14, 2006

Petite bluette sentimentale pour adolescents que j’ai bien aimée. Ca ne casse pas des briques, j’en suis conscient mais cela permet de voyager de Chine continentale (Harbin) à Taïwan.
Ca me fait penser un peu à un film américain dans lequel les protagonistes se rencontrent dans un magasin ou une librairie et discutent via Internet.
La ficelle était donc facile à saisir pour le réalisateur.
En même temps, le film tournant autour de différences culturelles qui se côtoient (l’opéra chinois/la musique rock branchée d’aujourd’hui), d’histoire politique dont les cicatrices ne seront fermées qu’après une ou deux générations de Chinois exilés, d’accents de Chine du Nord et du Sud, tout cela donne un film charmant et léger avec des moments assez touchants lorsque l’on parle des années de séparations entre les membres d’une même famille au moment ou la Chine continentale devient communiste sous Mao Zédong et Formose (Taïwan) devient un autre état chinois sous la coupe de Tchang Kaï Chek.
A voir donc pour se divertir et s’imprégner un peu de l’atmosphère teenager chinoise.

J’attends avec impatience la reprise en livre de poche du ” Mao ” qui vient de sortir dans un format trop encombrant pour le trimballer dans les transports en commun. Cela doit être très très intéressant à lire.

” La Tourneuse de Pages ” (2006) Denis Dercourt

août 12, 2006

C’est la deuxième fois que je lis la critique d’un film en peu de temps qui mentionne le nom de Claude Chabrol. J’étais loin d’être né quand Chabrol a marqué les esprits avec ” Le Beau Serge “. Il était déjà une référence pour beaucoup, il continue de l’être actuellement.
Les films auxquels je pense, sont le dernier Woody Allen, ” Match Point ” qui pour beaucoup est du style Chabrol et le film dont je vais maintenant dire quelques mots.

” La Tourneuse de Pages ” est froid. Il est glacial.
Je sais que ça peut paraître un manque de maîtrise de Dercourt de la technique cinématographique, mais cette rigidité et sécheresse m’ont vraiment emballé. Tout le film est construit autour de ça : comment amener de la fraîcheur de la chambre froide du boucher, à la chaleur du jeu de piano. De l’amour de la musique maîtrisée/parfaite à l’amour entre deux êtres ambigus.
Le monde de la performance, de l’évaluation, du travail assidu pour parvenir à maîtriser son corps, sa tête, son agilité de doigté, son trac.
Les musiciens sont des athlètes de haut niveau quand ils veulent être reconnus et meilleurs que la moyenne. Pour ceux qui aiment la musique par dessus tout, de façon maladive, ceux qui prennent ombrage quand un autre artiste moins doué qu’eux persévère dans son erreur et son ahanement, rien n’est plus essentiel que de claquer le couvercle du clavier sous lequel resteront à jamais endormies les touches noires et blanches de la musique non jouée.
Le travail auquel se contraint le fils de famille pour maîtriser son corps s’oppose au désir de destruction que lui impose progressivement la jeune femme faisant office de nounou. Elle pousse à bout les performances du garçon au risque de casser l’homme à venir. C’est d’un sadisme grave. Mais certains professeurs de gymnastique ne faisaient-ils pas cela à leurs élèves pour qu’ils soient les meilleurs.
Nous connaissions Catherine Frot comme femme drôle et fine dans ses précédents films. Ici, nous découvrons un personnage un peu différent, moins attendu. Les autres acteurs sont bons. Ils tournent autour de cette pianiste comme si le centre immédiat du monde s’était arrêté sur elle.
Cela commence par un autographe donné à un instant malheureux et se finit par un autre autographe qui bouleversera certainement la vie de l’artiste.
Les morceaux de musique choisis sont bien sûr un grand moment de plaisir à entendre (Bach, Chostakovitch, Schubert) et le morceau de concert à France Culture est vraiment magnifique.
Alors quoi ? Chabrol aurait-il fait mieux ? on peut toujours faire mieux. Mais ce que j’ai vu est très bon. Très inquiétant, très noir. La vengeance est un plat qui se mange froid. Denis Dercourt a oublié les mets au congélateur et c’est tant mieux pour son œuvre et notre plaisir.

Renaud Camus (écrivain français)

août 11, 2006

Suite aux différents échanges que quelques personnes ont eus avec un gaïen et son article ” Que va-t-il se passer ? “. Je me permettrai de faire un copier/coller d’un beau texte d’esteban (visiteur).
Voici le texte :

<<11/08/06 – 00:34
Finalement Renaud Camus se pose la même question qu’ont du se poser avant lui les aztèques, les peuls, les khmers ou les indous en voyant débarquer les premiers européens sur leur côtes il y a cinq cents ans : où tout cela va-t-il nous mener ? Ils ne devaient pas payer de mine ces premiers conquistadores, pilgrims ou aventuriers en abordant sur ces lointains rivages, entassés au fond d’embarcation prenant l’eau, décimés par la maladie, affamés. Ils ont du garder un profil bas au début. Il ne faut pas s’imaginer qu’ils se sont rendus maîtres des lieux tout de suite, à peine débarqués. Ou alors ils le faisaient à mi-voix. En français, espagnol, portugais ou anglais, bref en une langue que personne d’autre qu’eux ne comprenait. De plus ou moins bonne grâce, ils se sont soumis aux us et coutumes locaux. Les premiers temps. Il se peut même que les populations locales aient regardé d’un œil amusé et ironique ces barbares poilus qui sentaient si mauvais et qui, comble du mauvais goût et de la pingrerie, n’adoraient qu’un seul dieu, piteusement cloué sur une planchette en bois. Puis il en arriva d’autres et d’autres encore, tant et si bien que quatre cents ans plus tard le Général de gaulle pouvait s’exclamer dans une île des caraïbes (peuplade depuis longtemps disparue, celle-là même qui avait accueilli les nouveaux arrivants) devant une foule compacte de descendants d’esclaves arrachés au sol africain, « Mon Dieu que vous êtes français ! ». La multitude hésita un instant avant d’éclater en applaudissements frénétiques et en vivats enthousiastes. Il est vrai que, soit en raison d’une sono défectueuse, soit en raison du malentendu colonial, la foule avait compris, « Mon Dieu que vous êtes foncés ! ». On ne peut dire avec exactitude si ce cri, visiblement venu du coeur, exprimait un enthousiasme sans borne ou une déception sans fond, tant il est vrai que le grand homme, dont le patronyme évoque une peuplade soumise par les romains deux mille ans plus tôt, éprouvait pour ses concitoyens un mépris certain mêlé d’une dose de pitié condescendante (il les aurait comparé à des veaux) !
Hier j’ai vu à la télévision une dame d’origine africaine distribuer à Paris de la nourriture à des SDF d’origine gauloise. Tandis que la foule des miséreux se pressait autour d’elle dans un concert de grognements incompréhensibles, la dame déclarait au journaliste, en un français châtié à peine entaché d’un léger accent parisien, qu’il fallait donner à ces malheureux privés de repères une nouvelle chance pour qu’ils puissent repartir du bon pied dans la vie.
La roue tourne…

— esteban (visiteur) >>

Ayant montré mon assentiment et mon grand plaisir à lire ce texte utile et savoureux, ledit gaïen a supprimé mon commentaire certes court, mais élogieux. Je voulais donc rendre hommage à Esteban qui est loin d’être un sot selon mon opinion.

Quant à connaître un peu l’origine de la polémique déjà ancienne, il faut se reporter aux liens suivants qui donnent un historique des différentes analyses et commentaires sur “La Campagne de France” et l’article cité par le gaïen de l’inénarrable Renaud Camus :

Enfin, j’ai tenu a écrire ” écrivain français ” car en Allemagne, sous Hitler, il fut un temps où l’on avait changé toutes les plaques professionnelles sur les murs des immeubles pour bien assurer de l’origine allemande des médecins allemands, maître de musique allemand, des avocats allemands, etc. Alors que bien sûr, l’on avait déjà interdit toutes professions libérales aux juifs en raison de leur appartenance à une race dite inférieure et ayant souillé la pureté du caractère aryen de l’Allemagne.

NB Il y avait des commentaires de différents intervenants que je n’ai malheureusement pas conservés.

Avril (2005) Gérald Hustache-Mathieu

août 6, 2006

Il m’arrive d’oublier quelques films que j’ai vus et c’est bien dommage. Tel était le cas de ” Oxhide ” dont j’ai parlé précédemment. Je dois aussi réparer l’omission involontaire de ” Avril “.
L’histoire est vraiment tirée par les cheveux. On s’y amuse beaucoup et c’est un enchantement.
Dans un film qui parle du religieux et de la règle conventuelle, le scénariste a concocté quelque chose qui fera hurler les croyants et les cathos puritains.
J’en ai aimé la liberté de ton (religion, homosexualité, secret de famille), la photo très belle (les lieux de tournage y sont pour quelque chose), la beauté des acteurs.
Le film est léger. Même si le voile du secret se lève peu à peu et horrifie, cette histoire est d’une humanité incroyable.
C’est la découverte progressive de la vie hors couvent pour une jeune fille à la veille de prononcer ses vœux définitifs. C’est audacieux mais cela se fait progressivement et sans trop d’accrocs. Déshabituer un être aux règles contraignantes d’un établissement religieux, ce n’est pas si facile.
On comprend d’autant mieux la rébellion contre la mère supérieure, lorsque l’on sait que cette vieille femme est loin d’être parfaite et saura faire preuve d’un égoïsme froid qui entretiendra un mensonge éloigné de toute charité chrétienne.

4:30 (2005) Royston Tan

août 6, 2006

Encore un joli film à voir. Et voilà une nouvelle fois un cinéaste qui commence son film en approchant sa caméra au plus près des détails.
Un homme qui se loupe en cherchant à se pendre.
Un jeune garçon curieux et voyeur.
Comment vont-ils se côtoyer sans se parler ?
Barrière de la langue, car l’un est coréen (très bel homme), l’autre singapourien.
Chacun a ses médicaments : l’un pour soigner sa dépression, l’autre boit chaque jour une potion dont le goût semble être épouvantable.
Cela se passe dans un appartement dont les deux chambres sont contigües.
Pour noyer son chagrin, l’adulte boit et se bourre de tranquillisants.
Le gamin en profite pour inspecter tous les détails des objets qui entourent l’homme endormi et écrasé de fatigue. Il fait nuit, il est 4:30. Pour cette inspection, il utilise la lumière que projette le téléphone portable sur les objets qu’il approche de cette maigre source lumineuse. Il renouvellera ces inspections régulièrement à cette même heure, comme un rituel.

C’est un étrange ballet entre le regard de l’enfant et les objets insignifiants (paquet de cigarette, poil pubien, caleçon, pilules, etc). Il prendra même une photo de leurs deux visages rapprochés, sans que la victime inconsciente de cette prise soit consentante.
Ses nuits passées à espionner son voisin de chambre rendent l’attention en salle de classe impossible. Il est régulièrement mis à la porte par les enseignants, car il s’endort en cours ou n’écoute pas ce que l’on dit.
L’enfant est seul à la maison, car sa mère travaille (je crois) à Beijing. Il s’occupe comme il peut, mais veut surtout avoir un compagnon pour ne pas se sentir abandonné. Pour avoir un peu de l’affection que personne ne lui donne.
L’adulte, s’il était moins sauvage, pourrait faire office de copain ou bien de père. Il y a une très belle scène où les deux personnages sont dans les escaliers de l’immeuble.
Les séquences dans la salle de bain sont très intéressantes. Quelquefois drôles. En tout cas, fort belles.
Il y a peu de dialogues mais tout ou presque tout est dit par les gestes ou les mouvements de caméra. Le film est minimaliste sur bien des aspects et en même temps montre la vie à Singapour (le taï chi chuan dans la rue, l’école et ses rituels, le marchand de glace ambulant).
Ce film est beau et vraiment on en ressort heureux. Il est drôle souvent par son espièglerie ou sa fraîcheur enfantine.
Une scène de ce film m’a fait penser à ” La Comédie de Dieu ” (A Comedia de Deus), 1995, de João César Monteiro. D’ailleurs trois choses pourraient y faire référence : la baignoire, le poil pubien, le marchand de glace. Je garde un souvenir très amusé et émerveillé par la folie du film portugais (c’est un chef-d’œuvre dans le genre).

Oxhide (2005) Liu Jia Yin

août 6, 2006

Le cinéma chinois réserve encore de bonnes surprises. Ce film en est l’exemple le plus original que j’ai vu jusqu’à présent.
Il ne faut pas être claustrophobe, car les plans sont très rapprochés. On peut ne voir qu’une jambe par exemple, alors que l’on entend les voix des protagonistes qui discutent entre eux.
C’est un peu déconcertant au début, mais par la suite on s’y fait assez bien. C’est vrai que la profondeur de champ vient progressivement et la caméra s’éloigne un peu des ” acteurs “.
Scènes intimistes dans une petite habitation où vivent un couple et leur jeune fille.
Le grain du film fait penser au ” dogme “, l’éclairage semble naturel (à vérifier) ou assombri par un filtre.
Que font ces trois personnes ensemble ?
Le père vend des sacs qu’il fabrique dans son entreprise. Il a décidé de se rebeller contre les lois du marché qui lui imposent de faire des ristournes constantes pour écouler son stock. Il trouve que les soldes devraient être le seul moment pour faire des prix sacrifiés à ses acheteurs potentiels.
Sa femme ne comprend pas son obstination à ne pas suivre le modèle des autres fabricants. Il risque de perdre ses parts de marchés à cause de son entêtement.
La fille pense la même chose que la mère. Donc ce sont des récriminations autour de ce thème qui se suivent tout au long des quelques plans du film.
L’un des moments touchant du film est le repas pris ensemble, où l’on critique le père pour son gros ventre, sur sa façon de manger des nouilles en faisant du bruit et lorsqu’il fabrique sa sauce ” maison ” qui n’en finit pas d’être mélangée et agrémentée de divers ingrédients que la jeune fille dira être mauvaise.
Je viens de lire quelques critiques négatives à propos de la durée du film. Je ne m’y suis pas ennuyé en 1h50 malgré l’étroitesse du cadre et le discours très peu varié des personnages. C’est un bon film en dehors de tous circuit ou références. Une idée originale qui n’est pas inutile pour comprendre la Chine d’aujourd’hui.

Arrivederci amore, ciao (2005) Michele Soavi

août 4, 2006

Est-ce que ce film est un bon film ?
Je ne sais qu’en dire et pourtant j’ai vraiment adoré son côté extrêmement immoral.

Ca commence dans la jungle d’Amérique du Sud, dans une tribu rebelle. On entend à la radio l’annonce de la chute du mur de Berlin.
Pour l’occasion, Giorgio (un ancien terroriste italien) se fait tailler la barbe puis abat son compagnon qui l’a fait redevenir présentable.
Retour en Europe, via la France puis l’Italie. Il faut que ce garçon se fasse une virginité pour annuler sa peine de prison qu’il n’a pas purgée après sa fuite à la suite d’un attentat à la bombe auquel il a participé en Italie.
Un flic véreux le remet sur les rails et le chaperonne. Mais ce flic colérique, nerveux, méchant est très vénal.
Giorgio va faire tourner un bar de striptease en prenant sa petite commission au passage : sur les prostituées, sur la femme d’un homme qu’il aide à s’endetter en lui fournissant de la poudre.
Cette femme doit payer en nature les dépenses de son mari, mais il voudrait qu’elle l’aime. Est-ce possible d’aimer ce type froid et macho ?
Le gérant du bar le vire méchamment quand il découvre les commissions qu’il s’octroie. Pour retomber sur ses pieds et avoir de quoi vivre, il participe à un flagrant délit et à une attaque à main armée sur un fourgon blindé.
Enfin, nous le voyons gérant d’un restaurant où l’un de ses clients lui permettra d’avoir sa remise de peine. Mais pour se réinsérer et avoir une vie sociale ” normale “, il doit se marier. Sa future épouse sera encore une victime de sa soif de liberté à tout prix. Un vrai bulldozer dépourvu de sentiments envers autrui.
C’est assez violent. Le réalisateur se moque de la police corrompue, de l’homme politique sûr de lui et lui aussi corrompu, de la pudibonderie de la future épouse.
Je ne vois pas d’exemple semblable dans les films que j’ai vus sur des thèmes assez proches. Ca en fait un film original et plaisant, même si ça part dans tous les sens au risque d’être confus.