Recueil de trois romans policiers qui se déroulent de 1936 à 1947. Traduits de l’américain très correctement, le style est agréable à lire, les 3 histoires sont intéressantes et le personnage du détective privé, Bernhard Gunther, est attachant .
” L’Eté de Crystal ” se déroule pendant les jeux olympiques de 1936, quand Jess Owens gagne quelques médailles d’or, contredisant ainsi l’idiotie national-socialiste de la théorie des races supérieures.
Berlin pour l’occasion, dans son opération de séduction internationale, redonnera une image plus démocratique de sa capitale avant l’arrivée des touristes venus voir les Jeux. Toute trace d’antisémitisme sera effacée momentanément et même les librairies retrouveront quelques livres disparus des rayonnages car subversifs à la santé aryenne des Allemands.
Bernhard Gunther est détective privé allemand (toutes les professions se verront affubler de l’adjectif ” allemand ” pour être sûr de la bonne aryanité de l’entreprise), spécialisé en recherches de personnes disparues. Sa clientèle est malheureusement souvent juive, car beaucoup finiront victimes anonymes dans le Landwehrkanal. Dans un régime totalitaire, c’est la chose la plus habituelle…
Lors de son enquête, l’auteur nous présente Berlin et le nazisme, il mettra même son héros dans un camps de concentration. Les descriptions sont très réalistes. Certains passages sont durs et cruels, mais c’est efficace et historiquement intéressant. La pénurie règne, les Allemands manquent de tout. C’est le système de la ” débrouille ” et beaucoup de femmes vendent leur corps pour survivre.
” La Pâle Figure ” 1938, bien qu’une autre enquête, c’est la continuité du précédent roman. Il est aussi fait mention de l’homosexualité, comme dans le roman précédent. C’est vrai que Berlin fut avant 1933, l’une des trois capitales avec Londres et Paris où la sexualité était assez libre. L’exemple des SA et de leur chef Röhm rend encore plus délicate la question homosexuelle pour les Nazis.
Le héros n’est pas homo et serait plutôt un chaud lapin en matière de femmes. N’imaginez pas que ces romans sont des histoires gay-friendly, loin de là…
C’est une machination avec un mage médium qui doit impliquer Heinrich Himmler dans un pogrom contre les juifs berlinois.
Ce n’est pas à l’origine de la Nuit de Cristal du 9 et 10 novembre 1938, mais le roman finit par évoquer ce terrible événement.
” Un Requiem allemand ” nous emmène après-guerre, en 1947. De nouveau dans un Berlin en pleine pénurie, la ville sous les décombres, rasée. Les habitants vivent dans les ruines. Rien ne tient debout, les murs menacent de s’écrouler.
Berlin est partagée entre les 4 occupants (Russie, USA, GB et France).
C’est un imbroglio d’espions de tous bords, tout le monde s’espionne et la contribution des Allemands, voire de certains anciens criminels de guerre, est nécessaire.
De Berlin, nous allons à Vienne où la ville n’a pas été beaucoup abîmée. Berceau du National-socialisme pourtant et beaucoup plus radicale que Berlin lors des élections de 1933, elle a échappé à la ” punition ” de la défaite.
L’intrigue plonge au coeur du système élaboré par toutes les parties en présence pour faire fuir des criminels nazis ou pour les employer dans les réseaux d’espionnage. Il y a besoin de main-d’œuvre et ce sera la porte de sortie pour beaucoup d’anciens SS ou militaires allemands.
L’argent n’a pas d’odeur, dit-on, mais la géostratégie et la politique non plus. Pour contrer le communisme, on oubliera de punir certains monstres du IIIe Reich.
Globalement, les romans sont passionnants et les descriptions sont bonnes. Le héros côtoie des dirigeants de triste renommée. La vie à Berlin et à Vienne pendant cette période est vraiment ce qui m’a le plus intéressé.
L’auteur, américain, n’aime pas beaucoup les Français, les Russes, les Autrichiens et les homosexuels, cela se ressent. C’est plein de clichés, mais bon, ne lui faisons pas un procès pour cela.
J’aime Berlin, j’y ai passé une semaine pour le jour de l’an 2004/05
Beaucoup y vont pour les plaisirs de la chair et des bars, de la vie homosexuelle.
Je n’y suis allé que dans le but de voir la ville et sa vie culturelle.
Un peu frustrant de faire la visite en hiver, car les jours sont vraiment très courts, mais j’ai eu la chance de ne pas avoir trop mauvais temps ; j’y ai beaucoup marché.
Mon ” bed & breakfast ” était situé dans Moabit (le centre de Berlin).
J’ai eu l’impression d’une ville de province calme et reposante. Peut-être sont-ce les quartiers que j’ai le plus fréquentés qui m’ont donné cette impression.
La ville est ponctuée de ” points repères ” comme à Paris. La seule différence, c’est qu’à Paris l’on parle d’histoires moins sordides. Sur ces plaques, Berlin exorcise son passé nazi et indique qu’à tel ou tel endroit se tenait tel bâtiment ou tel autre. Heureusement que les bombardements ont fait disparaître ses symboles de pouvoir affreux. C’est horrible pour les berlinois de ne plus avoir vraiment de passé, mais pour repartir sur de nouvelles bases, il valait mieux ça.