Archives pour juin 2006

Je regarde trop la télévision (Palestine, mathématiques, diable, portrait)

juin 28, 2006

Voilà, ma paresse m’a conduit à regarder la télévision de nouveau. C’est au détriment de la lecture, bien que j’arrive à concilier un peu les deux en ce moment.
J’ai trouvé quand même pas mal de choses intéressantes et je suis vraiment ravi de ce que j’ai vu. Dans le désordre et sans respecter la chronologie :

- le thema d’hier soir sur *** ” la Palestine en chantier ” *** Arte.

Pendant que j’entendais beugler au Lezard Lounge à côté, car les gérants ont eu la bonne idée de mettre un écran pour les passionnés de la bière et de la baballe (avec une hystérique qui hurlait tout ce qu’elle pouvait et au moins quatre fois, pour les quatre buts marqués), j’ai même entendu chanter la Marseillaise, chant oh combien sanguinaire, mais cela va très bien avec le football et les jeux du cirque, pendant donc cette passion débordante du pois chiche dans la tête, j’ai regardé une émission sur les prisons israéliennes qui ” hébergent ” des détenus terroristes palestiniens.
Le documentaire a été tourné par un israélien, Shimon Dotan, dans deux prisons choisies pour leur cadre plutôt propre et bien tenu, où les hommes et les femmes semblent être en bonne santé et bonne compagnie.
Il est sûr que l’on ne va pas montrer les endroits les plus minables ou des détenus enfermés dans des cachots miteux et donc cela n’est pas représentatif, à mon avis, de toutes les conditions de détention.
L’enseignement que j’en retiens est que la prison prive de la liberté physique mais n’ôte pas le sentiment intimement ancré dans l’esprit de ces palestiniens que le terrorisme est le seul moyen pour faire comprendre à Israël leur exigence d’avoir leur propre état indépendant. Ils ne changeront pas d’idées, même dans 100 ans si l’on ne leur accorde pas leur territoire. Il n’y aura donc pas d’issue sans l’existence de deux états séparés et autonomes reconnus par les deux parties.
Dans ces prisons, les deux grandes branches des groupes palestiniens se côtoient : Fatah, Hamas. Les détenus ont formé des communautés à l’intérieur du système carcéral et leurs convictions politiques sont diffusées aussi bien intra muros qu’en Palestine. Bien que les communications soient interdites entre la prison et l’extérieur, des échanges semblent exister entre les deux côtés de la barrière. Nous n’avons pas vu, dans ce reportage, interroger tous les détenus pour connaître leurs motivations politiques, mais leurs propos semblent cohérents et loin d’être inintéressants.
Hervé Claude, le présentateur d’Arte, a eu le même sentiment que moi quant à la détermination des femmes à propos de leur aide au terrorisme ou à leurs actes terroristes : elles n’ont pas de regrets, elles regardent la caméra fixement et sans ciller quand elles disent, bien que mères de familles, qu’elles sont la cause de la mort de 8 enfants dans un attentat suicide. Quand on en est arrivé à un tel sang-froid, que peut-on imaginer pour la suite…
L’exemple de ces deux prisons ” modèles ” où les gardiens et les détenus discutent entre eux, me fait vraiment espérer l’accalmie entre les protagonistes. L’actualité immédiate montre malheureusement le contraire.

- lundi 26juin, toujours sur Arte,  *** Wolfgang Döblin *** :

Une famille juive allemande quitte l’Allemagne hitlérienne en 1933 pour s’installer à Paris. Le père s’appelle Alfred Döblin, l’auteur du célèbre ” Berlin Alexanderplatz “. Parmi ses trois fils, il y a Wolfgang. C’est un garçon renfermé, brillant élève. Il se tournera progressivement, lors de sa scolarité, vers les mathématiques et surtout vers le calcul des probabilités et l’équation de Kolmogoroff.

Ce garçon a mené sa vie comme une suite de probabilités, mais sans mettre des atouts de son côté. Il est incorporé au service militaire en 1938 comme simple soldat malgré son doctorat en mathématiques et sera mobilisé en 1939. Il ne force pas le destin et laisse le hasard le conduire là où il veut. Il se battra et fera preuve de courage, tout en rédigeant un mémoire sur l’équation de Chapman et le problème de Kolmogoroff sur un cahier d’écolier, qu’il enverra à l’Académie des Sciences de Paris en février 1940.
Le 21 juin 1940, alors que les Allemands envahissent l’Est de la France, Vincent Doblin/Wolfgang Döblin se donne la mort après avoir détruit ses papiers d’identité, restant un soldat anonyme mort près d’Epinal. Il n’a pas laissé au temps, la probabilité de vivre plus âgé et de faire bénéficier l’humanité de son génie mathématique. Beaucoup d’Allemands en ont fait de même à partir de 1933 par opposition au régime nazi.
En 2000, le mémoire a été sorti des archives. Les mathématiciens ont vu dans celui-ci (rédigé pendant la ” drôle de guerre ” à la hâte et dans des conditions peu favorables) l’avancée et la très grande qualité des travaux de Döblin : ils auraient fait gagner 20 à 25 ans dans la recherche sur ces concepts mathématiques si ce petit cahier avait été publié au bon moment.
Dire qu’il était toujours anxieux de savoir si quelqu’un d’autre avait publié des résultats avant lui sur son domaine de recherches… Cruel destin.
- *** ” Jour de Colère ” *** (1943) Carl Theodor Dreyer :

C’est un film en noir et blanc magnifique. Premier film parlant du réalisateur, je ne vois pas du tout la manière d’un cinéaste qui a fait du muet auparavant : les acteurs ne surjouent pas pour exprimer leurs sentiments, ils n’ont pas ces mimiques à la Gloria Swanson qui expriment par le geste, tout ce que nous devons comprendre de l’intrigue.
Au contraire, c’est sobre et la photographie est vraiment superbe. L’éclairage est idéal. La mise en scène parfaite.
C’est une histoire banale de sorcellerie comme l’histoire des religions chrétiennes en est remplie.
Un vieux pasteur danois Absalon épouse une jeunesse, Anne, qui pourrait être sa petite-fille, au grand désespoir de la mère du pasteur qui habite chez son fils. Les rapports entre les deux femmes vont s’envenimer progressivement.
Dans cette belle ambiance chaleureuse à congeler sur place l’eau dans les verres bénis, arrive le fils du pasteur, Martin, (plus âgé de quelques années que belle-maman Anne). On embrasse Anne sur le front, comme un bon fils aimant la femme de son père, plus tard on ira à bouche que veux-tu et on roulera dans l’herbe en oubliant les préceptes de l’église : tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain et encore moins quand elle fait déjà partie de la famille.
Dans le même temps, une vieille femme, Marte Herlofs, accusée de sorcellerie (nous sommes en 1623) se réfugie dans la maison du pasteur, afin d’échapper à ses poursuivants qui veulent lui réserver les flammes de l’enfer pour lui faire passer ses envies d’entretenir des liens privilégiés avec le démon.

Cette entrée fracassante du diable dans la maison du dieu chrétien met tout le monde sens dessus-dessous, car on apprend, en même temps qu’Anne, l’horrible vérité : la mère de la tendre jeune fille (qui devient de plus en plus délurée quand même) fut aussi une sorcière et cela doit rester caché aux autres habitants de la petite communauté villageoise.
Une sorcière ne pouvant être immédiatement brûlée, car ce serait lui faire trop de plaisir ou pas assez de peine/gêne, on la torture un peu (magnifique actrice, petite vieille ratatinée toute en cheveux dont on montre la poitrine affaissée). Le tribunal de l’église se réunit (rien que des hommes évidemment) pour la questionner un peu et lui faire avouer ses crimes et signer le procès verbal bien sûr, car on veut responsabiliser la future suppliciée dans sa profonde erreur/errance spirituelle. L’un des juges est Absalon auquel la soi-disant sorcière dit ses menaces de dévoiler l’origine satanique de sa femme Anne.
Absalon restera impitoyable, sûr de son bon droit de juger une femme sans défense (sauf celle du malin) ; Marte Herlofs sera plus courageuse et mourra cramée sur le bucher, sans avoir dit au grand jour ce qu’elle savait, accompagnée d’un magnifique Dies Irae chanté par des enfants de chœurs présents lors du supplice (dire que nous mettons des avertissements aux enfants dès qu’il y a des choses jugées difficiles à la télévision).
Après avoir donner l’extrême onction dans la campagne à l’un des religieux chargé du procès de Marte Herlofs (et maudit par cette dernière), Absalon revient difficilement chez lui dans le brouillard. Il a un pincement au coeur pendant son trajet, alors que sa tendre épouse évoque sa mort avec envie et Martin dans la chaumière douillette. C’est le début de sa fin. De son calvaire.
Arrivé enfin à la maison, Absalon a une discussion très violente avec sa femme Anne. Quand elle lui demande s’il l’a aimée un jour, sa réponse est glaçante : je n’y ai jamais pensé. On comprend pourquoi elle s’est entichée du fils Martin et qu’elle lui a conté fleurette, qu’elle rit pour la première fois de sa vie de couple, depuis que la jeunesse est là, qu’elle se met à son ouvrage dont le détail est un amour qui tient par la main une jeune femme…
Les choses étant dites sur la liaison des jeunes gens, Absalon meurt d’une crise cardiaque.
Et là, c’est l’apothéose de ce film qui n’est pas tendre avec les hommes lâches : sur la tombe d’Absalon, Merete dit à son petit-fils qu’Anne est la fille d’une sorcière.
Elle l’a séduit grâce à ses pouvoirs maléfiques.
Martin se détache de sa gentille belle-mère dont il était amoureux (sans aucun regret) et va se mettre dans le giron de grand-maman. On imagine comment finira la pauvre fille dont le destin est tout tracé vers les flammes purificatrices.
A côté de la tradition, incarnée par la grand-mère qui conserve les clefs du logis (la garde du trousseau de clefs en est un des signes les plus évidents), il règne un court instant d’insouciance des jeunes gens entre eux. Mais la liberté de penser et d’agir ne fait pas long feu.
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Enfin, parce qu’il faut bien finir, j’ai vu un Fritz Lang que je ne connaissais pas encore : *** ” La Femme au Portrait ” *** (1944).
J’adore Fritz Lang et ce film est génial. La fin du film est le point essentiel et je me suis bien fait avoir.
C’est un père de famille qui est impliqué dans un meurtre et dont la vie tourne au cauchemar après avoir admiré une belle femme peinte sur un tableau exposé dans la vitrine d’un marchand.
Quand on fait de telles oeuvres, ont doit vraiment s’amuser comme un fou. C’est du très bon cinéma car le scénario est presque invraisemblable, mais la vie l’est souvent, les acteurs sont excellents (Edward G Robinson, Joan Bennett).

Les Amazones

juin 24, 2006

Petite soirée théâtre pendant le match France-Togo hier soir. Avec un gaïen, nous avons vu ce spectacle très drôle où trois femmes en ont assez des hommes et deux garçons vont tomber amoureux.
L’une des actrices est à tomber à la renverse et à se rouler parterre. Elle à des tenues à la Ab Fab et la voix d’une harengère du meilleur tonneau. C’est de la folie.

Vraiment, si vous êtes tristes ou en manque d’idées sorties, n’hésitez pas.

PS j’y suis retourné la semaine dernière et les acteurs étaient encore plus déjantés que la première fois et j’y ai tout autant ri. Cela devient presque un classique pour moi maintenant… (ajout du 25nov2006).

Bled Number One (2005) Rabah Ameur-Zaimeche

juin 21, 2006

Il est si rare de voir un film tourné en Algérie (à ma connaissance).

L’un de mes parents est né dans ce pays mais en est parti contraint en 1962, je suis toujours attentif à voir des images de cette terre d’une partie de mes ancêtres.
L’action de passe dans un petit village à l’Est de l’Algérie.
Un jeune homme et une jeune fille reviennent dans leur pays de naissance par obligation : elle pour échapper à son mari qui ne serait pas l’époux idéal, lui car il s’est fait expulser de France après un vol.
Lui tue le temps et s’ennuie de ne rien faire. Exil expiatoire loin de toute activité.
Elle, à laquelle on demande de se raisonner, car une femme doit obéissance et respect à son mari et à ses parents. Elle ne doit pas partir et laisser son mari, car c’est le déshonneur de la famille, la honte absolue.
En parallèle, nous voyons des scènes de la vie : distribution de viande de bœuf après l’avoir égorgé pour que le sang s’écoule (documentaire dans le film), puis comment s’organise une résistance active contre un groupe de jeunes gens voulant faire appliquer la loi islamique : ils ne veulent pas de jeu de dominos, pas d’alcool. Ils n’ont pas vécu, ils sont désœuvrés, ils ont des œillères, ils veulent imposer leur loi à de paisibles citoyens qui ne sont pas dogmatiques et vivent sereinement leur vie et leur foi.
Le film prend le temps de montrer les gens, les différences de culture qui existent entre les Algériens vivant en France et les coutumes locales.
Après avoir été abandonnée par son mari le long de la route, puis battue par son frère, la jeune fille ira chanter dans un centre psychiatrique où séjournent de nombreuses femmes que la société algérienne n’a pas réussi à insérer dans un monde toujours aussi peu respectueux de leur bien-être.
Le jeune homme veut s’enfuir et ” passer ” en Tunisie : il ne peut plus supporter cet enfermement sans grillage dans un village endormi mais où l’on sent une tension permanente entre la quiétude et la peur des bandes fanatisées, entre la liberté de circuler et le poids des traditions ancestrales.
L’image est belle, les acteurs sont bons. Il faudrait un peu plus de films de ce genre pour permettre le dialogue entre les deux bords de la Méditerranée.

C.R.A.Z.Y. (2005) Jean-Marc Vallée

juin 21, 2006

Je l’ai vu il y a quelques temps déjà, mais je cherche depuis, dans ma mémoire défaillante, le titre d’un film magnifique et presque expérimental fait de vidéos de la tendre enfance à l’âge adulte d’un réalisateur je pense américain que j’ai du voir il y a 2 ans au cinéma (il s’agit de Tarnation) de Jonathan Caouette (2003).

Je vais donc parler un peu du phénomène ” Crazy ” .
Dans la liste des films ayant pour thème l’adolescence et quelquefois la tendre enfance, un nouvel arrivé est sorti sur les écrans il y a deux mois : ” C.R.A.Z.Y. “
Je suis de plus en plus persuadé que le cinéma américain est en train de mourir de platitude et de manque d’ambition. Ce film canadien en est un nouvel exemple. Tout est différent dans ce film de ce qu’un cinéaste américain aurait fait.
Celui qui a vécu dans cette idée que l’enfant naissant était là pour procréer est montré dans ce film. Le père de l’adolescent lui fait comprendre qu’il ne doit pas vivre sa sexualité comme un jeu (la famille est croyante/pratiquante, cf les messes de Noël à l’église) mais comme un moyen de s’accomplir en tant qu’homme dans la société. ” La plus belle chose sur terre est celle d’avoir des enfants ” , dit-il à son fils. Certes cela est vrai dans un sens, mais l’accomplissement de soi dans ses pulsions et son moi intérieur n’est-il pas le plus équilibrant pour l’homme dans son acceptation la plus large.
En fait, lorsque le père dit cette phrase à son fils, alors que l’un des cinq enfants est en passe de mourir d’une surdose, j’y ai vu quelque chose de terriblement étrange et de non-dit, d’enfoui peut-être au plus profond de la mémoire du père : n’a-t-il pas été lui aussi un jour tenté par l’homosexualité. C’est tellement évident dans cette scène et j’en comprends d’autant plus la colère contre son fils homosexuel. Ce serait le schéma : moi, j’ai fait le sacrifice, donc tu dois faire la même chose. Un frustré créant un autre frustré, de génération en génération.
On me dira que la frustration sexuelle n’est pas aussi dure que celle de ne pas engendrer une descendance voulue de tous. A ceux-là je répondrai qu’une sexualité épanouie est la clef d’un meilleur rapport aux autres et avec soi-même.
Certes, ce père veut que son fils ait des enfants et qu’il refuse par là même son homosexualité, mais en même temps, il n’admet pas que son propre enfant ne fasse pas le même sacrifice que lui-même à un moment donné.
Tout père n’a-t-il pas mis de côté sa propre existence de liberté en acceptant d’être père géniteur et l’homosexuel n’est-il pas un lâche vis-à-vis de la société car il pense d’abord à ses bas instincts égoïstes car non reproductifs.
Il est assez surprenant d’entendre le père dire de son fils homosexuel qu’il lui ressemble (quand il s’agit de ce qu’il estime être ” les bons côtés” de sa personnalité).
Je ne comprends pas pourquoi ce père de famille ne laisserait pas l’un de ces cinq fils à l’évidence homosexuelle, alors que quatre autres de ses enfants sont susceptibles de perpétuer l’espèce.
C’est un film à message et non une œuvre d’art. Ce film n’est pas une réussite esthétique même si le scénario est bien ficelé. Rien n’est de trop dans la manière de filmer. Il est au-dessus de la moyenne. Toutefois, à propos d’adolescence ” perturbée ” , le tragique de ” Virgin Suicides ” est beaucoup plus proche de ce qu’un adolescent ressent (il me semble)

” L’Homme aux Lèvres de Saphir ” Hervé le Corre

juin 21, 2006

Petit intermède facile à ma lecture de “Doktor Faustus” du génial Thomas Mann, j’ai fait un tour à la Fnac la semaine dernière et jeté un œil intéressé à un catalogue qui recense quelques romans policiers (Guide Polar). C’est exactement la littérature de plage qu’il faut quand on se laisse cramer sur le sable ou les galets chauds.
Dans ce guide, on a le choix des thèmes en fonction de ses préférences, pour ma part j’ai choisi les policiers avec une connotation historique.
C’est ce choix qui m’a fait acheter deux livres, dont celui cité en titre.
Ce roman se déroule dans l’année mouvementée de 1870. Le Paris insurrectionnel sous Napoléon III et à la veille de la guerre franco-prussienne.
Le cadre historique est assez bien planté et très pro-républicain. Il montre les mouvements de gauche réprimés par la police et l’armée, les batailles de rues, les mouvements de foule et la misère du petit peuple de Paris. Cela fait penser à Eugène Sue, à Hugo (évidemment), à Jules Romains ( ” les Hommes de bonne Volonté ” ).
C’est une description de Paris et de la prostitution dans le claque de la mère maquerelle Pellerin. On croirait entendre Gabin et Arletty dans les dialogues, avec l’accent titi parisien des Halles.
Et dans cette joyeuse ambiance (c’est de l’ironie), un monstre sanguinaire éventre des victimes en prenant beaucoup de plaisir à les voir souffrir. Les descriptions sont assez immondes et il faut avoir le coeur bien accroché. Mais ces crimes sont seulement le reflet des horreurs écrites pas Isidore Ducasse (autrement appelé Comte de Lautréamont) dans son recueil de poèmes ” Les Chants de Maldoror “.
Je me souviens avoir essayé de lire Les Chants de Maldoror il y a plus de dix ans. Le style en est très beau et c’est vrai que l’auteur a vraiment une très belle écriture poétique, mais j’étais au bord du vomissement, car c’est vraiment répugnant et ignoble.
Pour en revenir au roman policier, il y a quelques passages sur l’homosexualité du tueur assez intéressants et ce que j’aime dans ce livre, c’est la liberté de ton employé à propos des rapports au sexe aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels.
500 pages de frissons, d’angoisses et d’histoire…
A ranger donc à côté du ” Jardin des Supplices ” d’Octave Mirbeau, de l’horrible et génial ” American Psycho ” de Bret Easton Ellis ou du bon roman (mais nullissime film) ” Les Rivières pourpres ” de Jean-Christophe Grangé.

PS J’étais habitué à voir des livres imprimés en France auparavant, sauf quelques livres d’art imprimés en Italie, Rivages/Noir le fait en Espagne : étrange.

Marie-Antoinette (2005) Sofia Coppola

juin 7, 2006

Je suis revenu assez amusé du film de Sofia Coppola. Elle s’en sort assez bien.
Les décors, les costumes, le cameraman, le monteur : tout est bien fait et beau.
Seul petit reproche que je lui trouve, c’est un peu mou… ça manque de feu et de vitalité.
Heureusement que la musique punk égaie ça avec son rythme énergique.
Cette mollesse change c’est vrai des grosses productions où l’on doit éblouir par la technique et les plans à la John Woo (ralentis, plan rapide, ralentis…)
J’ai du mal pourtant à entrer dans les personnages (erreur de casting…) car aucun n’a la moindre ressemblance avec les tableaux que l’on a vu dans les musées.
J’ai eu beaucoup de mal par exemple avec le physique de la du Barry, mais ce qui est dit du point de vue historique est bien ce que j’en ai lu.
Si ma mémoire est bonne, Louis XV était considéré comme un bel homme (peut-être le plus beau de nos rois), ce que je n’ai pas vraiment trouvé dans le film, mais c’est vrai qu’il est à la fin de sa vie…
Dans un temps où avoir de la repartie était l’art de faire la conversation, j’ai trouvé les dialogues un peu pauvres. Nous sommes loin de ” Les Liaisons dangereuses ” avec Malkovitch et Close et la comparaison joue malheureusement en défaveur de ” M.-A. “
Le rituel de Versailles est assez bien montré. Il suffit de lire Saint-Simon pour s’amuser à connaître qui devait faire quoi à tel moment et céder son droit au plus titré présent dans l’assistance.
L’histoire de France est sauve mais aurait pu mieux faire. En revanche, je suis certain que Sofia Coppola est capable d’exécuter de bonnes et belles choses de façon originale. A suivre donc…

II. Memoires intimes de Napoléon Ier (par Constant son valet de chambre)

juin 4, 2006

Voilà, j’ai terminé le second tome.
Il est vraiment passionnant de bout en bout. Le récit autant que les très bons commentaires de fin de volume.
Nous nous voyons promenés de Boulogne à Vienne, de Dresde à Moscou, pour finir dans la région parisienne.
La résistance physique de Napoléon aux différents déplacements qu’il va faire, aux lieux dévastés qui l’attendent lors de ses campagnes ou aux intempéries extrêmes qui tuent autant que les boulets de canons, est exceptionnelle. Sans une santé de fer, jamais cet homme n’aurait pu devenir ce héros qui a traversé les siècles et les frontières.
Un compte a du être fait du nombre de soldats morts et d’officiers fauchés. L’horreur de cette époque, ce sont les membres que l’on sciait. Petites citations assez dure (la campagne de Russie) :

” Un de ces malheureux étant éloigné du corps auquel il appartenait avait été atteint d’un boulet qui lui avait coupé les deux jambes et tué son cheval. Un officier français allant en reconnaissance sur le bord de la rivière où le Russe était tombé, aperçut à quelques distance une masse qu’il reconnut pour un cheval mort, et pourtant il distingua que cette masse n’était pas sans mouvement. Il s’approche et voit le buste d’un homme dont les extrémités étaient cachées dans le ventre du cheval. Ce malheureux était là depuis quatre jours, s’enfermant dans son cheval pour y chercher un abri contre le froid et se repaissant des lambeaux infects de ce gîte effroyable. “

” Le baron Larrey eut avec l’empereur une assez vive discussion. Parmi les blessés, on avait trouvé un grand nombre de jeunes soldats, ayant deux doigts de la main droite déchirés. Sa Majesté crut que ces pauvres jeunes gens l’avaient fait exprès pour se dispenser du service. Elle le dit à M. Larrey, qui se récria hautement, disant que c’était impossible, qu’une telle lâcheté n’était point dans le caractère de ces braves conscrits. Comme l’empereur insistait, M. Larrey se laissa emporter jusqu’à le taxer d’injustice. Les choses en étaient là, quand on eut la preuve certaine que ces blessures uniformes venaient toutes de la précipitation avec laquelle ces jeunes soldats chargeaient et déchargeaient leurs fusils, au maniement desquels ils n’étaient point habitués. “

” Ce fut ainsi que Napoléon arrive à Kamen, écrit Ségur ; il y coucha avec les prisonniers du jour précédent, qu’on parqua. Ces malheureux, après avoir dévoré jusqu’à leurs morts, périrent presque tous de faim et de froid.”

Pour conclure sur les citations, une dernière phrase prononcée par Napoléon à Caulaincourt : ” Je ne tiens pas au trône. Né soldat, je puis sans me plaindre redevenir citoyen. Mon bonheur n’est pas dans les grandeurs. J’ai voulu la France grande, puissante ; je la veux avant tout heureuse. J’aime mieux quitter le trône que de signer une paix honteuse. Je suis bien aise qu’on ait pas accepté vos conditions, car j’aurais été obligé d’y souscrire et la France et l’histoire m’auraient reproché cet acte de faiblesse. Les Bourbons seuls peuvent s’arranger d’une paix dictée par les Cosaques. Talleyrand a raison : eux seuls peuvent accepter l’humiliation qu’on impose aujourd’hui à la France, car ils n’ont pas de sacrifice à faire. Ils la retrouvent telle qu’ils l’ont laissée. “

La fin de Napoléon qui joue au chat est à la souris jusqu’à la dernière extrémité aux portes de Paris et passionnante et effectivement, ce type-là n’a jamais cessé d’être militaire dans l’âme et fin stratège. En fait, il savait lire une carte et avait réussi à donner une confiance aveugle à ses soldats. Malheureusement, les défections de ses anciens alliés et de quelques officiers français, auront raison de lui.
Ces Mémoires s’arrêtent au départ pour l’île d’Elbe.

En ces temps de ” Marie-Antoinette ” coppolesque, voici ce que dit Napoléon de Louis XVI :
” La vue de ses fusils amenait souvent l’empereur à parler de Louis XVI, et il ne faisait jamais qu’avec des sentiments et des expressions de respect et de pitié. ” Cet infortuné prince, disait l’empereur, était bon, sage et instruit. A une autre époque c’eût été un excellent roi ; mais il ne valait rien pour un temps de révolution. Il manquait de résolution et de fermeté, et ne sut résister ni aux sottises de la cour ni à l’insolence des jacobins. Les courtisans l’ont jeté aux jacobins, qui l’ont conduit à l’échafaud. A sa place je serais monté à cheval, et, avec quelques concessions d’un côté, quelques coups de cravache de l’autre, j’aurais tout fait rentrer dans l’ordre. “