J’ai trouvé quand même pas mal de choses intéressantes et je suis vraiment ravi de ce que j’ai vu. Dans le désordre et sans respecter la chronologie :
- le thema d’hier soir sur *** ” la Palestine en chantier ” *** Arte.
Pendant que j’entendais beugler au Lezard Lounge à côté, car les gérants ont eu la bonne idée de mettre un écran pour les passionnés de la bière et de la baballe (avec une hystérique qui hurlait tout ce qu’elle pouvait et au moins quatre fois, pour les quatre buts marqués), j’ai même entendu chanter la Marseillaise, chant oh combien sanguinaire, mais cela va très bien avec le football et les jeux du cirque, pendant donc cette passion débordante du pois chiche dans la tête, j’ai regardé une émission sur les prisons israéliennes qui ” hébergent ” des détenus terroristes palestiniens.
Le documentaire a été tourné par un israélien, Shimon Dotan, dans deux prisons choisies pour leur cadre plutôt propre et bien tenu, où les hommes et les femmes semblent être en bonne santé et bonne compagnie.
Il est sûr que l’on ne va pas montrer les endroits les plus minables ou des détenus enfermés dans des cachots miteux et donc cela n’est pas représentatif, à mon avis, de toutes les conditions de détention.
L’enseignement que j’en retiens est que la prison prive de la liberté physique mais n’ôte pas le sentiment intimement ancré dans l’esprit de ces palestiniens que le terrorisme est le seul moyen pour faire comprendre à Israël leur exigence d’avoir leur propre état indépendant. Ils ne changeront pas d’idées, même dans 100 ans si l’on ne leur accorde pas leur territoire. Il n’y aura donc pas d’issue sans l’existence de deux états séparés et autonomes reconnus par les deux parties.
Dans ces prisons, les deux grandes branches des groupes palestiniens se côtoient : Fatah, Hamas. Les détenus ont formé des communautés à l’intérieur du système carcéral et leurs convictions politiques sont diffusées aussi bien intra muros qu’en Palestine. Bien que les communications soient interdites entre la prison et l’extérieur, des échanges semblent exister entre les deux côtés de la barrière. Nous n’avons pas vu, dans ce reportage, interroger tous les détenus pour connaître leurs motivations politiques, mais leurs propos semblent cohérents et loin d’être inintéressants.
Hervé Claude, le présentateur d’Arte, a eu le même sentiment que moi quant à la détermination des femmes à propos de leur aide au terrorisme ou à leurs actes terroristes : elles n’ont pas de regrets, elles regardent la caméra fixement et sans ciller quand elles disent, bien que mères de familles, qu’elles sont la cause de la mort de 8 enfants dans un attentat suicide. Quand on en est arrivé à un tel sang-froid, que peut-on imaginer pour la suite…
L’exemple de ces deux prisons ” modèles ” où les gardiens et les détenus discutent entre eux, me fait vraiment espérer l’accalmie entre les protagonistes. L’actualité immédiate montre malheureusement le contraire.
- lundi 26juin, toujours sur Arte, *** Wolfgang Döblin *** :
Une famille juive allemande quitte l’Allemagne hitlérienne en 1933 pour s’installer à Paris. Le père s’appelle Alfred Döblin, l’auteur du célèbre ” Berlin Alexanderplatz “. Parmi ses trois fils, il y a Wolfgang. C’est un garçon renfermé, brillant élève. Il se tournera progressivement, lors de sa scolarité, vers les mathématiques et surtout vers le calcul des probabilités et l’équation de Kolmogoroff.
Ce garçon a mené sa vie comme une suite de probabilités, mais sans mettre des atouts de son côté. Il est incorporé au service militaire en 1938 comme simple soldat malgré son doctorat en mathématiques et sera mobilisé en 1939. Il ne force pas le destin et laisse le hasard le conduire là où il veut. Il se battra et fera preuve de courage, tout en rédigeant un mémoire sur l’équation de Chapman et le problème de Kolmogoroff sur un cahier d’écolier, qu’il enverra à l’Académie des Sciences de Paris en février 1940.
Le 21 juin 1940, alors que les Allemands envahissent l’Est de la France, Vincent Doblin/Wolfgang Döblin se donne la mort après avoir détruit ses papiers d’identité, restant un soldat anonyme mort près d’Epinal. Il n’a pas laissé au temps, la probabilité de vivre plus âgé et de faire bénéficier l’humanité de son génie mathématique. Beaucoup d’Allemands en ont fait de même à partir de 1933 par opposition au régime nazi.
En 2000, le mémoire a été sorti des archives. Les mathématiciens ont vu dans celui-ci (rédigé pendant la ” drôle de guerre ” à la hâte et dans des conditions peu favorables) l’avancée et la très grande qualité des travaux de Döblin : ils auraient fait gagner 20 à 25 ans dans la recherche sur ces concepts mathématiques si ce petit cahier avait été publié au bon moment.
Dire qu’il était toujours anxieux de savoir si quelqu’un d’autre avait publié des résultats avant lui sur son domaine de recherches… Cruel destin.
- *** ” Jour de Colère ” *** (1943) Carl Theodor Dreyer :
C’est un film en noir et blanc magnifique. Premier film parlant du réalisateur, je ne vois pas du tout la manière d’un cinéaste qui a fait du muet auparavant : les acteurs ne surjouent pas pour exprimer leurs sentiments, ils n’ont pas ces mimiques à la Gloria Swanson qui expriment par le geste, tout ce que nous devons comprendre de l’intrigue.
Au contraire, c’est sobre et la photographie est vraiment superbe. L’éclairage est idéal. La mise en scène parfaite.
C’est une histoire banale de sorcellerie comme l’histoire des religions chrétiennes en est remplie.
Un vieux pasteur danois Absalon épouse une jeunesse, Anne, qui pourrait être sa petite-fille, au grand désespoir de la mère du pasteur qui habite chez son fils. Les rapports entre les deux femmes vont s’envenimer progressivement.
Dans cette belle ambiance chaleureuse à congeler sur place l’eau dans les verres bénis, arrive le fils du pasteur, Martin, (plus âgé de quelques années que belle-maman Anne). On embrasse Anne sur le front, comme un bon fils aimant la femme de son père, plus tard on ira à bouche que veux-tu et on roulera dans l’herbe en oubliant les préceptes de l’église : tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain et encore moins quand elle fait déjà partie de la famille.
Dans le même temps, une vieille femme, Marte Herlofs, accusée de sorcellerie (nous sommes en 1623) se réfugie dans la maison du pasteur, afin d’échapper à ses poursuivants qui veulent lui réserver les flammes de l’enfer pour lui faire passer ses envies d’entretenir des liens privilégiés avec le démon.
Cette entrée fracassante du diable dans la maison du dieu chrétien met tout le monde sens dessus-dessous, car on apprend, en même temps qu’Anne, l’horrible vérité : la mère de la tendre jeune fille (qui devient de plus en plus délurée quand même) fut aussi une sorcière et cela doit rester caché aux autres habitants de la petite communauté villageoise.
Une sorcière ne pouvant être immédiatement brûlée, car ce serait lui faire trop de plaisir ou pas assez de peine/gêne, on la torture un peu (magnifique actrice, petite vieille ratatinée toute en cheveux dont on montre la poitrine affaissée). Le tribunal de l’église se réunit (rien que des hommes évidemment) pour la questionner un peu et lui faire avouer ses crimes et signer le procès verbal bien sûr, car on veut responsabiliser la future suppliciée dans sa profonde erreur/errance spirituelle. L’un des juges est Absalon auquel la soi-disant sorcière dit ses menaces de dévoiler l’origine satanique de sa femme Anne.
Absalon restera impitoyable, sûr de son bon droit de juger une femme sans défense (sauf celle du malin) ; Marte Herlofs sera plus courageuse et mourra cramée sur le bucher, sans avoir dit au grand jour ce qu’elle savait, accompagnée d’un magnifique Dies Irae chanté par des enfants de chœurs présents lors du supplice (dire que nous mettons des avertissements aux enfants dès qu’il y a des choses jugées difficiles à la télévision).
Après avoir donner l’extrême onction dans la campagne à l’un des religieux chargé du procès de Marte Herlofs (et maudit par cette dernière), Absalon revient difficilement chez lui dans le brouillard. Il a un pincement au coeur pendant son trajet, alors que sa tendre épouse évoque sa mort avec envie et Martin dans la chaumière douillette. C’est le début de sa fin. De son calvaire.
Arrivé enfin à la maison, Absalon a une discussion très violente avec sa femme Anne. Quand elle lui demande s’il l’a aimée un jour, sa réponse est glaçante : je n’y ai jamais pensé. On comprend pourquoi elle s’est entichée du fils Martin et qu’elle lui a conté fleurette, qu’elle rit pour la première fois de sa vie de couple, depuis que la jeunesse est là, qu’elle se met à son ouvrage dont le détail est un amour qui tient par la main une jeune femme…
Les choses étant dites sur la liaison des jeunes gens, Absalon meurt d’une crise cardiaque.
Et là, c’est l’apothéose de ce film qui n’est pas tendre avec les hommes lâches : sur la tombe d’Absalon, Merete dit à son petit-fils qu’Anne est la fille d’une sorcière.
Elle l’a séduit grâce à ses pouvoirs maléfiques.
Martin se détache de sa gentille belle-mère dont il était amoureux (sans aucun regret) et va se mettre dans le giron de grand-maman. On imagine comment finira la pauvre fille dont le destin est tout tracé vers les flammes purificatrices.
A côté de la tradition, incarnée par la grand-mère qui conserve les clefs du logis (la garde du trousseau de clefs en est un des signes les plus évidents), il règne un court instant d’insouciance des jeunes gens entre eux. Mais la liberté de penser et d’agir ne fait pas long feu.
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Enfin, parce qu’il faut bien finir, j’ai vu un Fritz Lang que je ne connaissais pas encore : *** ” La Femme au Portrait ” *** (1944).
J’adore Fritz Lang et ce film est génial. La fin du film est le point essentiel et je me suis bien fait avoir.
C’est un père de famille qui est impliqué dans un meurtre et dont la vie tourne au cauchemar après avoir admiré une belle femme peinte sur un tableau exposé dans la vitrine d’un marchand.
Quand on fait de telles oeuvres, ont doit vraiment s’amuser comme un fou. C’est du très bon cinéma car le scénario est presque invraisemblable, mais la vie l’est souvent, les acteurs sont excellents (Edward G Robinson, Joan Bennett).