Archives pour avril 2006

Wassup Rockers (2006) Larry CLARK

avril 23, 2006

J’ai un faible pour Larry Clark depuis que j’ai vu le sulfureux et très beau ” Ken Park ” (2003).
Mon opinion ne change pas et se renforce avec son dernier film.
Il est très facile de faire jouer des enfants, car ils restent naturels et ont moins de préjugés que les acteurs adultes. Ils se fichent de leur image et des castings futurs qu’ils feront avec d’autres studios de cinéma.
Pour l’actualité des Américains, leur charmant pays a décidé de construire un mur entre le Mexique et leur territoire pour endiguer l’immigration des Chicanos qui viennent prendre le travail des bons américains Whasps.
En fait les murs existent déjà comme dans tout pays civilisé… et à Beverly Hills, il faut bien que les riches se protègent des voyous en tout genre.
Le film commence dans le ghetto de South Central (Los Angeles) où de jeunes garçons d’origine hispanique font du skate board, vont à l’école, se chamaillent gentiment entre eux en se touchant les fesses et la bite, mais sans arrière-pensées. En toute camaraderie.
Ils ont des expériences sexuelles avec la nymphomane du coin ou avec de jolies filles tendres et “sérieuses”.
C’est très frais, ils sont touchants, ils ont les cheveux longs, ils sont musiciens et jouent du punk à leurs moments perdus. Leurs idoles sont évidemment les Ramones. Le film est rythmé par cette musique que j’aime vraiment beaucoup.
Un jour, ils décident de faire la très longue traversée pour aller de South Central à Berverly Hills. Histoire de changer d’air, de voir des jolies filles et de faire du skate dans un autre univers.
Leur rencontre avec la culture bourgeoise du lieu sera mouvementée : le délire sécuritaire, la curiosité des autochtones, la solidarité Chicanos vont leur faire découvrir un univers vraiment différent, parsemé de pièges et de relations étranges et quelquefois chaudes et cocaces…
C’est une journée qui se finira mal pour certains et pour d’autres sera une nouvelle expérience. L’habitude des drames dans ces banlieues déshéritées “blinde” presque ces jeunes gens qui savent que vivre est une chance et qu’il faut profiter de chaque jour. Même si l’existence est souvent cruelle pour ces écartés de la prospérité américaine, leur vie a un sens. Elle n’est pas seulement faite de larcins, d’armes à feu et meurtres.
On a plus de chance de finir flinguer au coin d’une rue ou d’aller en prison quand on ne fait pas partie des gros contribuables de L.A.
Seul reproche que je peux faire au scénario, c’est de montrer sur les 4 passages de violence du film, 3 sont le fait de blacks. N’y a-t-il pas un parti pris des gentils hispaniques contre les méchants afro-américains ?

NB J’ai oublié de dire que ce film était fin. Loin de la lourdeur des grosses machines hollywoodiennes. On y rit beaucoup, on y prend beaucoup de plaisir.

Albin – ” La Cage aux Folles “

avril 22, 2006

Contrairement à ce que pense la majorité des personnes, Alban n’est pas le prénom du héros de la ” Cage aux Folles ” (1978), joué par un Michel Serrault au meilleur de sa forme comique.
En son temps, ce film a fait fureur au box-office. J’avais à sa sortie 11 ans.
La Cage aux folles valut à Michel Serrault le César du meilleur acteur en 1979. Cette comédie remporta par ailleurs le Golden Globe du meilleur film étranger en 1980.

Je devrais être donc flatté que tout un chacun imagine que j’ai quelque chose à voir avec Zaza… Car quand je dis mon prénom, la très grande majorité pense à cet être incroyable qu’est ce gentil travesti dans ce film commercial.

Seulement quelquefois j’en ai assez de l’amalgame entre mon prénom Alban et Zaza. Je ne suis pas travesti, je ne suis pas trop folle non plus, et le prénom du héros de ce film est Albin et non Alban. C’est très proche, mais ça n’a rien à voir avec le mien.

Un garçon au pseudo très suggestif “viril75…” m’adresse un message sur un site de chat/rencontres en commençant à me demander la signification de mon lien internet qui est celui de mon “blog” sur gayattitude.
Sa question m’a surpris, car je ne comprenais pas le sens de sa question. Je lui ai expliqué de quoi il s’agissait. Il m’a dit savoir ce qu’était un blog…
Ensuite il m’a laissé son numéro de téléphone mobile pour donner un rendez-vous dans un bar afin de faire connaissance.
Je lui ai dit mon prénom et là, la sempiternelle remarque sur la ” Cage aux Folles ” a commencée. Etant habitué à ce genre de laïus, j’arrive à en rire par la fréquence des réactions prévisibles.
Je l’ai appelé pour définir le rendez-vous dans un bar entre chez lui et chez moi (à Bastille) et nous avons échangé quelques mots sur La Cage aux Folles, sur ses chat et chien.
La conclusion, c’est qu’il m’a trouvé agressif…
Il m’arrive d’être agressif quelquefois, mais aujourd’hui je suis au calme et je suis “zen” et je suis décontenancé par la tournure qu’a pris ce contact.
On a le droit de ne plus être intéressé après avoir fait les présentations d’usage et dans ce cas, la chose doit être dite en termes polis, mais en aucun cas l’on doit donner un prétexte oiseux pour dire que c’est de la faute de l’autre si l’on ne continue pas la conversation. C’est fini pour Alain…

Pour cumuler les handicaps, j’habite dans un endroit qui s’appelle le Marais. Vingt mètres carrés sous les toits, des étages sans ascenseur, mais en plein milieu du quartier homosexuel branché.
Certains y voient la Sodome absolue ou je ne sais quelle Babylone déchue. A croire que nous forniquons à tout va et que notre seule envie est celle de se ghettoïser.
Le lieu où j’habite est confortable pour les déplacements dans toute la région parisienne, car c’est un nœud ferroviaire très bien agencé. Je peux me déplacer quand je le veux et où je veux assez rapidement. La vie culturelle y est riche (galeries d’art, musées, salles de spectacle, cinéma). Le cadre est joli et souvent très animé, car c’est un quartier très prisé depuis la spéculation immobilière commencée sous Henri IV.
Je n’y suis pas pour les pratiques sexuelles décadentes ou l’envie d’appartenir au troupeau homosexuel. Je suis souvent enfermé chez moi, car il y règne un calme olympien, ce que beaucoup pourraient m’envier. Je ne sors que très rarement dans les bars la nuit et je ne côtoie dans la rue que des gens qui vivent normalement, qui accompagnent leurs enfants à l’école le matin et vont les chercher le soir, qui font la queue à la Poste ou leurs courses dans les mêmes magasins que les miens.
A cela s’ajoute la communauté juive qui est encore très présente et qui est une autre spécificité de ce quartier, tout le monde y vit en bonne intelligence.
Nous ne sommes pas des parias ou des êtres étranges. Nous ne sommes pas plus folles que d’autres en banlieue ou province ou en besoin sexuel permanent.

Jean Auguste Dominique INGRES (1780-1867)

avril 17, 2006

Si je n’avais habité la ville de Montauban, peut-être que cet artiste ne m’aurait pas séduit plus que ça.
J’adore pourtant ” le Bain turc ” par sa sensualité, sa succession de plans en perspective, le bel agencement de ces belles femmes nues et alanguies. Une belle lumière, une sérénité.
J’ai toujours l’appréhension d’être déçu par une exposition que l’on dit exceptionnelle (ma plus grand déception ayant été l’exposition Toulouse-Lautrec au Grand-Palais en 1992).
Au musée Ingres, il y a tant d’oeuvres de cet artiste, que j’étais inquiet de ce que cela allait donner au Louvres.
Et bien je découvre certaines oeuvres et j’en retrouve d’autres vues il y a 20 ans.
C’est une belle exposition à voir assurément.
Ce que j’ai pu apprécier, c’est le très beau dessin des visages de toutes ses oeuvres. Une parfaite maîtrise des traits, des expressions. Un coup de crayon, de pinceau minutieux et talentueux.
Autour de ces visages, Ingres mettait des corps. En traits rapides, en courbes presque obligées. Très peu d’angles vifs, tout en souplesse, en délicatesse. Les courbes ont des formes amples et généreuses (les femmes sont plantureuses et délicieuses de chairs blanches et laiteuses).
Les proportions des corps ne sont pas respectées, les bras sont soit trop petits, soit trop grands. C’est vraiment très agréable à regarder ces femmes callipyges.
Il n’y a pas que des nus, bien sûr. Les portraits officiels ont aussi leur très grande qualité et vérité (portrait de Louis François Bertin, de Jean-Pierre Cortot). C’est d’ailleurs riche d’enseignement sur la mode de l’époque et la façon de s’habiller dans la bourgeoisie de la première moitié du 19ème siècle.
Ce n’est pas aussi somptueux que Winterhalter, mais c’est très beau malgré tout.
Le Vœu de Louis XIII est un tableau que j’ai vu dans la cathédrale de Montauban, édifice au demeurant laid et sans intérêt. Il est, dans cette exposition, mieux mis en valeur que dans son lieu d’origine.
Ingres a peint une fresque au château de Dampierre (vallée de Chevreuse, près du château de Breteuil) qu’il faut aller voir, toutes affaires cessantes… j’ai eu un choc en entrant dans ce salon de la Minerve. C’est kitschissime et dégoulinant de mauvais goût mais c’est quand même rigolo à voir (nb. dans le même registre, il faut visiter la maison Pierre Loti à Rochefort, le château du Haut Koenigsbourg en Alsace et surtout la salle de marbre du nouveau palais de Sanssouci à Potsdam).
Si vous allez dans le Sud-Ouest, passez un peu de temps au musée Ingres, c’est un beau bâtiment. Pour ceux qui aime la sculpture, outre Ingres, Bourdelle est, lui aussi, montalbanais. Montauban n’est pas une ville très agréable pour y vivre, mais elle est très jolie. La place Nationale, le Pont Vieux, les bords du Tarn sont de beaux lieux à voir. La brique rose/rouge de la ville en fait un très beau site.

PS. Je parlais de Toulouse-Lautrec ci-dessus. Le musée d’Albi est LE lieu pour voir ce peintre génial. Il est très riche de ses oeuvres. Par la même occasion, la cathédrale Sainte-Cécile est l’une des plus belles que j’ai vues jusqu’à présent. Bon, pour finir, Midi-Pyrénées est une très-très belle région… tout y est beau et les monuments et les très beaux paysages ne manquent pas.

Mémoires intimes de Napoléon Ier (par Constant son valet de chambre)

avril 16, 2006

J’ai fini le 1er tome. Etant devenu un mauvais lecteur, car occupé à droite à gauche, j’ai perdu cette passion de la lecture qui me faisait avaler quelques nombreux volumes par an. C’est vrai que je suis un adepte des “pavés” de mille pages écrits petit, ce qui est toujours très long avant d’en voir la fin.
L’Empire est une période qui ne m’a jamais intéressée. Si je n’avais travaillé dans ma vie professionnelle avec un étudiant en histoire qui était passionné par Napoléon, je ne me serais jamais forcé pour découvrir ce grand homme.
J’ai visité la Malmaison en fin d’année 2005 et le Grand Trianon en début 2006.
J’ai donc fait un bond dans l’histoire où je m’étais arrêté durablement à Louis XIV et à la période révolutionnaire.
Je n’aime pas le style Empire avec ses sphinges partout, son mobilier aux pieds lourds. La seule chose que j’aime, ce sont les tentures rayées sur les murs mais cela est dans la continuité des intérieurs “révolutionnaires” que l’on peut voir au musée Carnavalet ou à la Malmaison (Carnavalet à ne rater pour rien au monde si l’on s’intéresse à la Révolution française ; très chaudement conseillé).
J’aime aussi le très bel arc de triomphe du Carrousel. Et je suis très adepte des ” nus ” masculins du peintre David.
Mais les abeilles ne remplaceront pas les lys comme beau symbole du pouvoir.
Le valet de chambre Constant raconte donc ses mémoires auprès de Napoléon. Il restera à son service pendant 14 ans.
Selon l’introduction, ce serait M. de Villemarest qui les aurait écrites. Mais sur les souvenirs de Constant.
Nous sommes dans l’intimité immédiate de l’empereur, du lever au coucher, de Paris aux autres villes d’Europe.
C’est intéressant et très agréable à lire. Les notes en fin de livre sont riches et complémentaires (coll. Mercure de France / Le Temps retrouvé).
Qu’y apprenons-nous ? La grande résistance de l’homme toujours en déplacement, toujours le premier levé et le premier prêt à partir. Une volonté extraordinaire qui lui fait façonner l’Europe et marier sa ” famille ” à l’Europe entière.
Le népotisme infatigable pour asseoir son autorité partout. Pour se garantir des alliés indéfectibles. Un diplomate chevronné qui abuse de sa position hégémonique pour imposer sa loi.
Enfin, un coureur de jupons invétéré. L’homme aux multiples maîtresses, qui saura se faire aimer de certaines et récompenser le plaisir qu’elles lui ont procuré. Cela donne des passages pittoresques et drôles dont Constant fait quelquefois les frais.
Le portrait de chaque personnage est intéressant, celui de Joséphine de Beauharnais en étant l’un des plus piquant. Femme aimée mais divorcée de l’Empereur, car non fertile pour Napoléon, elle a pourtant eu un fils Eugène qui fut le premier employeur de Constant. Au début de sa relation avec Napoléon, elle lui fut infidèle. Après tout, son premier mari a été guillotiné en 1794 et son amoureux futur empereur est en campagne : elle sait ce que vaut la vie et elle en profite sans complexe. Au grand déplaisir de son époux.
Ses dépenses somptuaires lui vaudront les récriminations de son époux (qui semble en revanche très près de ses sous, sauf pour ses maîtresses). Il est assez surprenant d’ailleurs de penser, qu’après Marie-Antoinette, l’histoire du collier et ses frasques amoureuses, on ait de nouveau au pouvoir, une femme très dépensière comme souveraine et un peu facile en amours diverses.
Ce que ce livre m’a appris aussi, c’est l’attachement de Napoléon Ier au système de la royauté. Il ne veut pas faire oublier aux Français, qu’ils ont été dirigés par des rois avant lui. Il reste dans la continuité de la monarchie. Il consolide les frontières françaises mises à mal par la Révolution et veut restaurer l’ordre dans le pays. Le ” Concordat ” est peut-être l’une des plus belle choses après l’Edit de Nantes en France pour la paix civile et religieuse. Pie VII n’y est pas pour rien non plus, même s’il protestera.

De mes souvenirs littéraires, la ” Guerre et la Paix ” de Tolstoï parle admirablement de la campagne de Russie. C’est un livre magnifique, d’une érudition impressionnante et d’une qualité littéraire indéniable. L’un des plus beaux “romans” que j’ai lu (mis entre guillemets, car c’est aussi un précis d’histoire politique extraordinairement bien documenté et une réflexion très poussée sur la guerre).

Sur le Concordat

Sur Napoléon et un autre lien.

Separate lies (2005) Julian Fellowes

avril 16, 2006

L’Angleterre de la campagne avec ses maisons en briques rouges et le vert de sa végétation autour m’a toujours beaucoup fait rêver et envie.
Nous sommes dans l’intimité d’un couple de la haute société. Monsieur James Manning n’est pas lord, mais il travaille dans un cabinet d’avocats, gagne bien sa vie et ne pense qu’à son travail.
Madame Anne Manning, peut-être plus jeune que lui de 10 ans, prépare la cuisine, va chercher son mari à la gare tous les soirs, car monsieur a décidé de quitter le Londres-centre pour s’installer en banlieue chic et cossue.
J’ai quand même l’impression que monsieur prend sa femme pour une bonne (bien qu’il y ait une dame qui vient faire le ménage dans leur logis) : elle est aux petits soins pour lui. Il accepte ce dévouement comme si cela lui était dû. Ca fait très machiste… et c’est assez insupportable.
Un jardinier à vélo, mari de la dame de ménage, est renversé sur la route. Il meurt des suites du choc avec un véhicule. Nous sommes en Angleterre, et les lacrymosités américaines sont heureusement oubliées.
Et tout ce petit monde va être obligé de mentir sur l’origine de l’accident.
Et c’est là que les choses se corsent et deviennent très intéressantes…
Madame s’émancipe et couche avec le bellâtre du coin, William Bule (prononcez Bioul, svp) joué par Rupert Everett (plus PD du Marais tu meurs). Bel homme qui a perdu, dans le rôle, son côté enjoué et fair-play british après s’être exilé quelques années aux Etats-Unis. Donc un homme qui ne s’embarrasse d’aucun préjugé et qui n’a rien à prouver ni à perdre.
Monsieur Manning a du mal à comprendre. Sa vie rangée est totalement perturbée. Il acceptera même le gros bol de sauce avec les spaghetti que sa secrétaire lui propose (i.e. qu’il va coucher avec elle, cela dit crûment).
Le seul qui n’est pas dupe et qui fulmine devant ce mur de mensonges est l’inspecteur Marshall.
Même la plus concernée par la mort de son mari sera dans la confidence. Pour une très noble et belle cause, elle préfèrera ne pas dire la vérité qu’on lui révèlera.
La reconnaissance du bien que certains ont fait dans leur vie, permet de passer l’éponge sur leurs futurs actes très répréhensibles. Même si la proportion entre les deux événements mis dans la balance de la justice des hommes est vraiment inégale. Mais chacun est libre de son jugement.
Finalement, Monsieur Manning sera vraiment un homme très compréhensif et très humain. Peut-être même très paternel envers sa femme… il lui laisse le choix, au risque de perdre celle qu’il semble aimer car elle rentre dans son cadre de vie.
Ce film est franc, direct. Il y a des passages très drôles (la réunion de tous les protagonistes à la fin du film devant l’inspecteur).
Ce n’est pas du très grand cinéma, mais cela a le mérite de montrer des événements que l’on a vécu ou que l’on sait que d’autres vivent. La vie n’est pas faite d’idéal de rectitude mais d’une adaptation à la morale commune, sans trop faire de mal aux autres. Quoiqu’il arrive, une vie n’est pas faite que de bonnes et belles choses. Il faut savoir composer pour se la rendre agréable et supportable.
Belle performance de l’acteur Tom Wilkinson (James Manning).

1ère symphonie de Gustav Mahler (1860-1911)

avril 16, 2006

Ca en jette et je re-découvre cette puissance que j’ai pourtant déjà écoutée maintes et maintes fois.
Pouvoir évocateur, richesse des sons, originalité des thèmes musicaux. C’est beau et remuant.
C’est vrai que c’est le Concertgebow et Bernstein, mais on gagne toujours à écouter et écouter encore les mêmes morceaux. Quelquefois interprétés par d’autres artistes.
Ce que j’adore dans le répertoire de Mahler, ce sont les ” Lieder eines fahrenden Gesellen ” et le très touchant ” Des Knaben Wunderhorn ” qui est un sommet du chant allemand.
Je pense que je vais rester chez moi pour écouter toutes ses symphonies en ce dimanche de Pâques. (Mais où est bien passée ma 8ème symphonie ? …)

Hier matin j’ai paressé dedans mon lit pour regarder et donc écouter le ” Cosi fan tutte ” de Mozart. C’est un DVD vendu pour par trop cher à la Fnac et chez Virgin (Teatro alla Scala). Dirigé par Ricardo Muti et chanté très honorablement par des gens inconnus de ma très modeste culture opératique.
Le plaisir y est car c’est bien filmé, le son est bon, les chanteurs ne sont pas mauvais, même si la performance de la Despina de Adelina Scarabelli dépasse toutes les autres voix. Je lui tire mon chapeau, même pour son jeu de scène irrésistible.
J’ai été sensible bien sûr aux magnifiques décors et aux costumes “d’époque” (je ne suis pas très partisan des adaptations projetées à une autre époque). Combien de fois suis-je allé à l’opéra pour ne voir que des chanteurs certes très bons, mais dans des décors inexistants et dans des costumes d’une sobriété désespérante. Je veux du spectacle et du costume. Je n’aime pas l’austérité, surtout quand je vais écouter/voir Armide de Lully.
Quand au thème du livret de ” Cosi fan tutte “, beaucoup devrait en prendre de la graine et arrêter de faire des généralités de leur expérience personnelle, sur la fidélité ou non des femmes. Sur la constance des hommes ou non. Cet opéra est libertin, il est frais. Il est redoutable et extrêmement pervers. Mais le plaisir est toujours là quand on écoute les ” Smanie implacabili ” ou ” Come scoglio ” par exemple.
Cet opéra est considéré pour beaucoup comme le plus beau de tous. Mozart y a mis beaucoup de choses qui en font une oeuvre très agréable, avec de beaux ensembles de voix qui se conjuguent entre elles.

A propos de ” Cosi fan Tutte “

Le 24avril2006. [J’ai retrouvé ma 8ème symphonie, mais j’ai perdu mes ” Concertos pour violoncelle ” de Joseph Haydn). Zut. Et finalement, à écouter toutes les symphonies de Mahler, la 1ère est peut-être la plus intéressante à mon goût).

El aura (2005) Fabian Bielinsky

avril 11, 2006

Comment un homme se trouve impliqué dans l’attaque d’un fourgon blindé, bien malgré lui.
Les événements s’enchaînent comme lors d’un cauchemar.
Le film est long mais loin d’être inintéressant. Il est lent, mais pas insupportable.
Ce que j’ai aimé, c’est la façon qu’a le ” héros ” de regarder les choses comme spectateur. Comme en retrait et sans y être impliqué.
Il lui arrive finalement ce qu’il avait projeté de faire pour se sortir de sa petite vie de taxidermiste.
Il est à l’origine d’un meurtre accidentel et d’une véritable boucherie qui fait penser à l’humour noir des frères Coen (” Fargo “).
Il observe les gens mourir, comme s’il voulait voir leurs derniers soubresauts, la dernière lueur qu’ils ont dans les yeux avant de mourir. Cette lueur qu’il essaie de donner aux bêtes qu’il empaille, ajoutant la touche finale de son travail de reconstitution de la bête morte en bête de musée.
En touches très discrètes, le réalisateur parle des femmes et de leur vie toujours dure : une fille battue par son père qui s’est enfuie avec son amant (qui pourrait être son père) pour être battue par ce dernier toute sa vie durant. Vie de soumission et de renoncement, de souffrance et d’acceptation : pas le choix de vie, pas le choix de partir. Un enfermement dans une société qui bat les femmes sans que ça pose problème à quiconque.
Les autres femmes sont une tenancière de bordel le long de la route et une prostituée, dont la fille fait des dessins représentant son père convoyeur de fonds qui passe tous les lundis lui apporter des cadeaux après avoir emporté l’argent dans le fourgon blindé.
Triste vie de pauvreté et de résignation.
C’est un film noir. Qui prend son temps. Qui n’est pas sur-vitaminé par des explosions et des héros invincibles. L’antithèse d’un film nord-américain. Son rythme lent fait durer le suspense. Pour arriver à quoi… à vous d’aller voir.

PS. “el aura” est le moment privilégié où l’épileptique sent qu’il va “partir”. Ce moment qui lui fait sentir, entendre, voir différemment. Qui le rend hyper-sensible avant de tomber en crise.
La crise d’épilepsie est très importante dans ce film, car le destin de beaucoup va en être bouleversé.

Rembrandt fecit 1669 (1977) Jos Stelling

avril 10, 2006

Ce film est une fiction qui représente à lui seul une œuvre d’art, mais ça n’a rien à voir avec un cours d’histoire de la peinture.
Le côté esthétique du film est évident. Tous les plans sont travaillés et probablement testés. Ou bien ils sont dessinés auparavant pour être respectés scrupuleusement par le cameraman.
Je ne peux m’empêcher de penser à Vermeer de Delft (1632-1675) pour toutes ses “peintures” d’intérieur que l’on nous présente dans ce film.
Aucune faute de goût, tous les objets semblent être loin de tout anachronisme.
Une idée originale pour reconstituer la vie d’un homme au cinéma : lire les actes de notaires, d’églises, les jugements des tribunaux. La vie sociale et privée de Rembrandt (Harmensz Van Rijn, Leyde 1606-Amsterdam 1669) est ainsi étalée au grand jour.
En peu de mots, c’est un peintre qui a plus aimé son art que ses femmes. Qui s’est ruiné en achats de bibelots et livres. Qui a été mis en faillite et dont son fils Titus et l’une de ses servantes (mère de sa fille Cornelia) vont créer une société qui sera chargée de vendre ses toiles.
Une existence où son art est reconnu pour sa qualité, mais les délais d’élaboration de ses toiles sont vraiment dépassés.
Une vie d’artiste acculée par les créanciers qui réclament leur dû, mais un désir de faire ce qu’il lui plaît comme il lui plaît. La liberté de l’homme revendiquée depuis la nuit des temps et dont font les frais ces créateurs émancipés de toute contingence.
Rembrandt atermoie sur tous les plans (amours, travail, finances) jusqu’aux coups de semonce et la mise à genoux par le tribunal. La faillite est déclarée et la vente à l’encan commence, la condamnation pour concubinage et la pension alimentaire que lui réclame la femme de son second enfant est prononcée.
On pourrait parler d’anti-héros social, car ses enfant, ses femmes ne sont pas à la fête avec cet homme bourru et assez égoïste. Elles sont là pour apporter un bon revenu (la dot de sa première femme), pour son appétit sexuel (promesse de mariage à la clef) et pour s’occuper des deux enfants.
On voit donc la rudesse de la vie à cette époque dans un intérieur d’artiste bourgeois.
Les nombreux autoportraits que Rembrandt a faits ne sont-ils que du nombrilisme ou bien le moyen qu’il a trouvé pour analyser son âme ? Que cherchait-il en ponctuant sa vie de sa propre représentation ? Le lent déclin ou la pourrissure des corps (Greenaway s’en inspirera dans ses films), l’énigme qu’il était à lui-même : brillant artiste mais insensible à son environnement familial ?
Rembrandt est l’homme de l’ombre et de toutes ses nuances. Même dans le noir, il sait rendre prégnant les dégradés d’un chapeau, d’un velours d’habit austère.
Film à voir donc si l’on aime ce siècle et la beauté d’une photographie extraordinaire.

NB. L’une des plus belles villes “flamandes” n’est pas Bruges (dont la rue commerçante est raccoleuse à souhait) mais Leyde (Leiden) aux Pays-Bas. La ville de naissance de Rembrandt. Il y a un magnifique moulin à visiter, des harengs crus à manger sur du pain avec des oignons tranchés, et des façades crénelées de briques autour d’un réseau de canaux. C’est une petite ville au milieu d’Amsterdam, Rotterdam, La Haye. C’est vraiment un bijou.
Je garde aussi un très bon souvenir de Gand et de son musée des instruments de torture… et de ses canaux.

Enfin, Rembrandt a eu un très “grand” successeur pour un écorché : Chaïm SOUTINE (1893-1943). Son ” Boeuf écorché ” est vraiment très beau et directement inspiré de celui du premier cité. Vivement que le Musée de l’Orangerie ouvre de nouveau ses portes pour que je revois “mes” Soutines…

J’ai oublié de dire que la langue néerlandaise est rugueuse mais neutre. Elle est si rare au cinéma, qu’elle vaut la peine d’être entendue avec délectation. Elle est la synthèse d’allemand et d’anglo-saxon. Elle reste moins chantante que ses grandes soeurs.

Enfermé dehors (2005) Albert Dupontel

avril 8, 2006

J’avais beaucoup aimé son ” Bernie ” (1996) qui était déjà très ” trash ” mais il nous faisait sortir de la torpeur ambiante de la production française de l’époque.

Quant à son dernier film, j’ai dormi dans la salle (c’est vrai que je suis coutumier du fait, il paraît même que je ronfle sur mes voisines de temps en temps).
Bien que le film soit très bruyant, j’ai réussi à m’évader dans un sommeil réparateur de quelques minutes.
Dupontel est fidèle à ses comédiens et il en a repris quelques-uns d’il y a dix ans.
Une nouvelle tête tout de même : la toujours excellente Yolande Moreau (merveilleuse dans son film co-réalisé ” Quand la Mer monte ” – 2004) joue le rôle d’une clocharde pleine de ressource et de répartie.
Ma grande Hélène Vincent est toujours là en grand-mère (?) abusive et névrosée.
Le but du film est très flou pour moi et il n’est évidemment pas esthétisant, donc il a tout pour intriguer ou déplaire ou ennuyer.
On y voit un clochard déguisé en flic et un défilé de bébés dans une usine (?) désaffectée dont les parents sont sûrs d’avoir un sac de nourriture prêt-à-emporter.
J’ai ri et la salle s’est beaucoup amusée. Mais ce que j’en ai vu est si décousu que je ne trouve rien à dire de très élogieux tout de même.
Les inconditionnels iront, les autres seront plus hésitants.

La Locandiera (Goldoni)

avril 2, 2006

France4 nous a présenté en direct jeudi dernier 30 mars 2006 une pièce de Carlo Goldoni (1707-1793) qui m’a beaucoup amusé.
Une aubergiste veut tous les hommes à ses pieds et se joue d’eux. Elle rendra fou amoureux un homme qui ne veut pas de ses bonnes grâces.
A force de subterfuges et de concurrence entre les quatre hommes présents dans sa maison, avec l’aide d’un valet et de deux actrices qui jouent les mondaines, Mirandolina (la patronne de l’auberge) arrive à ses fins.
Mais son coeur va à son cuisinier et non aux ors de la noblesse.
C’est un jeu dangereux mais tout le monde s’en sortira plus ou moins bien à la fin de la pièce.
Cette soirée passée avec Cristina Reali, vraiment très fraîche et piquante et aussi très belle, m’a beaucoup plu. Les autres acteurs étaient aussi très bons, bien que la prise en direct leur a à tous donné un trac encore plus difficile à maîtriser.

Dans cette pièce, nous pouvons voir à l’œuvre ce fameux ” désir triangulaire ” cher à René Girard. Ce désir mimétique qui fait marcher le monde : je ne veux pas de cet objet, mais comme un autre le veut, je ne peux pas lui en laisser l’exclusivité. D’où mon implication dans ce jeu de séduction et de désir d’appropriation.
Mettez un homme laid dans un endroit, faites-le draguer par et sortir avec le plus beau garçon du lieu et vous aurez immédiatement des garçons qui seront intrigués et captivés par ce laideron. Et peut-être même se battront-ils pour avoir l’honneur de sortir avec lui. La curiosité aidant et surtout ce moyen détourné de coucher avec celui qui a eu le plus beau mec de la soirée. Le plaisir par procuration… J’adore ce concept.
Les moutons de Panurge seront toujours les gogos de l’histoire. Un petit tour chez Rabelais est toujours salutaire pour les zygomatiques.

A ce propos, si vous voulez voir une merveille cinématographique qui n’a pas pris une ride, procurez-vous le film ” Molière ” de Mnouchkine (1976). C’est long mais c’est un monument de beauté, de vérité, de théâtre, de liberté. Goldoni a beaucoup appris de notre Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673).
Mes pièces préférées de mon grand Molière sont le ” Tartuffe ” et le ” Misanthrope “.