J’en suis un peu affecté car cela représente un nouvel ancêtre qui disparaît.
Ne l’ayant que peu fréquentée, cela atténue ma tristesse mais me rapproche de la mort un peu plus. Ceux qui sont avant nous chronologiquement forment comme une barrière physique et psychologique qui éloigne la possibilité d’être concerné par un décès naturel dans l’immédiat.
Je fais un peu le bilan des disparus ; heureusement il y en a peu. Mais du côté maternel ça y est, pépé et mémé ne sont plus. Pépé il y a longtemps, bien longtemps. Mémé, elle, a duré plus de 90 ans. J’ai appris hier à la radio que nos vieux mouraient de plus en plus âgés et qu’il y avait de ce fait des transmissions d’héritages qui se faisaient beaucoup plus tardivement. C’est compensé par des textes de lois qui facilitent les dons entre vifs.
Heureusement, car il y aurait des meurtres et des empoisonnements. Je ne peux m’empêcher de penser au Père Goriot ou à Thérèse Raquin. Ces tout-petits livres qui sont des sommets d’ignominie. Du très grand art. Une maîtrise narrative qui me fiche la chair de poule à chaque fois que je m’en souviens.
Je n’irai pas à l’enterrement de ma grand-mère… c’est bien dommage. Je lui dois une partie de mon sang sarthois, une partie de la terre de mes ancêtres paysans. Je la garde dans ma pensée, c’est le meilleur moyen de la faire encore un peu vivre, même si mes souvenirs de nos dernières rencontres sont lointains.
A propos de décès, j’ai perdu un ami au début de l’année. Un garçon que je voyais très peu à la vérité. Nous nous contactions le plus souvent par nos cartes postales lorsque nous voyagions, par nos coups de fil à nos fêtes ou aux anniversaires. Le sien tombait le jour de la première élection de François Mitterrand. Une date symbolique pour moi et donc facile à me rappeler. Je pense l’avoir vu physiquement pour la dernière fois très diminué à l’Amnésia. Je l’avais raccompagné à Saint-Michel pour qu’il prenne son RER en partance pour Versailles. Nous avions batifolé ensemble quelquefois en 1994/95. J’en garde le doux souvenir d’un homme dont la santé a toujours été très chaotique à la suite d’un grave accident de la route. Sa voix était comme nulle autre pareille ; une voix aigüe et presque cassée. Une voix qui le rendait unique et cher à mes pensées. Nous nous étions rencontrés sur les quais des Tuileries où je lisais un livre sur la République de Venise. Ce fut le prétexte qu’il prit pour engager la conversation avec moi. Curieusement, son enterrement a eu lieu un jeudi où j’envisageais de visiter le palais de Versailles. J’ai décommandé cette visite à l’ami qui me l’avait proposée et me suis rendu à la cérémonie religieuse dans la cathédrale Saint-Louis de cette même ville. La vie est faite de coïncidences qui me poursuivent souvent. La ville de Versailles était déjà très chère à mon coeur, elle n’en est que plus mienne par ses événements qui me rattachent à elle.